Société d’ Histoire de Revel Saint-Ferréol                                     LES CAHIERS DE L’ HISTOIRE

 

SAINT-FELIX LAURAGAIS

Par Gil Chevalier et Hubert Roques
D'après le livre Edité par LE COMITE DE LA COCAGNE -1992 -


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VISITE GUIDEE DE LA COLLEGIALE DE SAINT-FELIX
SAINT FELIX "LES EGLISES DU CANTON DE REVEL" Saint-Felix de Lauragais par Marie Agnés Winter"

PASSAGE DE LA COLONNE ALLEMANDE EN AOUT 1944

LE CIMETIERRE DES ANGLAIS

 

« Qu’om no sap tan dous repaire
M’on tan fis jois s’esclaire”.
P. Vidal.

REMERCIEMENTS.

Nous exprimons nos sentiments de vive gratitude à tous ceux qui par leurs recherches, leurs écrits, leur érudition, leurs témoignages et récits nous ont prêté leur concours pour la réalisation de cet ouvrage destiné à mieux faire connaître l'histoire et le patrimoine de notre beau village.

Le Comité de LA COCAGNE.

 

Le site Lauragais-patrimoine remercie Monsieur André Marty, Président de l’Association du Comité de la Cocagne "http://www.lacocagne.sitew.com" pour nous avoir autorisé de mettre ce dossier sur le site....  

Ce dossier provient de la publication «  Saint-Félix de Lauragais » - par Gil Chevalier et Hubert Roques

– éditée par le Comité de la Cocagne

– Imprimerie Douladoure

– Toulouse – 1992

Ouvrage en vente à l’Office de Tourisme de Saint-Félix de Lauragais...

OFFICE DE TOURISME INTERCOMMUNAL de SAINT-FELIX LAURAGAIS
Place Guillaume Nogaret
31540 Saint-Félix Lauragais
Tél: 05 62 18 96 99 / Fax: 05 61 83 09 20
Mail:  oti-saintfelixlgs@orange.fr

 

SITUATION GEOGRAPHIQUE
RELIEF - CLIMAT.

 

 

Le village de Saint-Félix occupe une position médiane dans l'ancienne seigneurie du Lauragais, puisque justement les coteaux de Saint-Félix séparent la région sud du Lauragais qui s'étend depuis les collines de Laurac – au sud de Castelnaudary, Laurac qui serait à l'origine du nom de Lauragais (première mention en 1026) – tandis que la partie nord s'appuie à l'est sur les contreforts de la Montagne Noire et au nord-ouest sur les coteaux de Toulouse. Région contrastée, accidentée, mais possédant cependant une profonde unité due à ses cultures, à son climat, à ses vents célèbres...

 

Située à l'extrémité d'un promontoire calcaire de 339 m d'altitude (1) , la ville de Saint-Félix s'appuie sur son château et occupe une position assez forte pour avoir eu pendant tout le Moyen-âge une histoire mouvementée.
La commune s'étend largement tant dans la plaine de Revel que le long des coteaux où elle remonte jusqu'à Auriac sur Vendinelle. Sa superficie totale de 5022 ha en fait l'une des communes rurales les plus étendues de France. Elle est divisée en 5 sections : Saint-Félix, Cadenac, Graissens, La Jalabertie et La Pastourie.

 

Quant au nom de Saint-Félix, on relève dans le "Dictionnaire des communes" de Gindre de Mancv (Paris 1897) dix-sept localités de ce nom, dont quatre seulement au nord de la Loire.

Saint-Félix, originaire d'Afrique, finit martyrisé à Gérone dont il était l'évêque, sous le règne de Dioclétien (284-305). Les liens très anciens entre la Catalogne et le Midi expliquent cette localisation.


Le climat tient assez peu compte des quatre saisons traditionnelles : l'été est généralement beau, l'automne superbe - la plus belle saison, dont l'inégalable luminosité dure souvent jusqu'à Noël.

L'hiver est relativement clément, avec parfois la surprise d'un mois de février radieux. Mais le printemps froid, maussade et pluvieux n'a que trop tendance à se prolonger jusqu'à la St Jean. On ne saurait évoquer le climat de Saint-Félix, et même ses aspects microclimatiques - car bien souvent des orages trempent la plaine et évitent le village, ou bien Revel éternue dans le brouillard tandis que Saint-Félix rêve au soleil - sans parler des vents...
Extrêmement actifs, ils donnent sa physionomie particulière à ce petit promontoire, dressé sur la ligne de partage des eaux entre Méditerranée et Océan. Le plus célèbre est sans conteste l'autan, une des productions locales les plus estimées et les plus répandues de Saint-Félix...


On connait l'autan pour ses brusques foucades, pour sa chaleur énervante, pour ses effets  « biométéoropathologiques » et l'on s'accorde généralement pour y voir un effet de "foehn".
Ce nom emprunté au « schwyzcrdeutsch » désigne des vents qui s'élevant de la mer et rencontrant une barrière de montagnes se réchauffent en la franchissant et déversent ensuite sur les pays concernés leur haleine émolliente. On trouve les "fœhns" partout où les trois constantes sont réunies dans l'ordre : la mer, une chaîne montagneuse, puis un plateau ou une plaine. Citons le Levante à Tanger, le Zonda en Uruguay, et le Chinook à l'est des Rocheuses. Tous sont réputés pour leur influence pernicieuse. Le vent d'Autan atteint sa plus grande force dans le "couloir" Dourgne - Sorèze, orienté droit sur Saint-Félix.
On comprend que nous en soyons privilégiés... Il peut atteindre la vitesse de 110 km/h.


La régularité de l'Autan et des autres vents régionaux a déterminé une particularité locale : pendant des siècles, dans toute l'aire de l'Autan, la détermination des lieux ne s'est pas faite selon les points cardinaux, mais selon les vents dominants : "côté de l'Autan, côté du Cers". Ainsi l'une des portes de Saint-Félix est-elle encore appelée : porte de Cers.

 

LES ORIGINES DE NOTRE VILLAGE.

 

Comme pour toute la région avoisinante, les premières traces de peuplement découvertes à Saint-Félix remontent à l'époque néolithique (hache polie trouvée à Gastepeau).


Pendant les siècles de la Pax Romana, les zones de peuplement se multiplièrent. Un ouvrage récent sur le canton de Revel (2) fait était d'au moins dix sites romains ou gallo-romains dont deux au moins aux Clausades et à La Mouillère paraissent présenter un réel intérêt historique (mosaïques, sépultures, etc...) mais sont hélas occultés par le labeur acharné de l'agriculture à grand rendement.


Ce même site des Clausades a fourni de nombreux vestiges de l'occupation wisigoth : tombes contenant des squelettes ornés de fibules de bronze aux entrelacs caractéristiques... On peut en conclure que pendant les périodes obscures du haut-Moyen-âge l'occupation du site se précisait.

 

Le premier village de Saint-Félix se trouvait, si l'on en croit une tradition orale aussi tenace qu'invérifiable, sur la "Butte des Trois Moulins", au nord-est du village actuel, probablement beaucoup plus étendu sur les versants nord et est, puisque des labours profonds ont mis à jour de nombreuses tombes, ainsi que de tuiles, des tessons... Le nom de l'Eglise Vieille témoigne encore, sur le cadastre, de la présence de ce village disparu. Un autre cimetière médiéval se situerait près de La Côte Vieille au lieu-dit "Croix des Trois Museaux". Il faut entendre, bien sûr : Croix des Trois Mesels, vestiges probable d'une léproserie. Au Moyen-âge, toute communauté organisée avait la sienne.


La première mention de Saint-Félix tenait alors, pour le compte d'Albi et de Nîmes, les châteaux de Vauré et de Saint-Félix. Nous verrons plus loin la liste des seigneurs du château, qui serait ici fastidieuse. Ceux qui jouèrent un rôle dans l'histoire de la ville seront cités dans leur temps.

 


 

 

LE LAURAGAIS.

 

Comment est né le Lauragais en tant qu'entité ?
D'où vient son nom ?


Les historiens sur ce point divergent. Le Lauragais est une petite contrée languedocienne de l'ancienne France, formé par la grande vallée qui s'étend des hautes collines de Laurac au sud de Castelnaudary, jusqu'aux pentes méridionales de la Montagne Noire, terminaison du plateau central. Les coteaux de Saint-Félix Lauragais le divisent en deux parties qui communiquent par la dépression du col de Naurouze.


Les conditions géographiques : couloir où dominent les vents cers et autan, agriculture variée (céréales, fourrages, vignes, etc...) et le caractère de ses habitants, plus le dialecte occitan en font une partie naturelle qui aurait dû garder son unité.
Cette contrée, mentionnée seulement vers 1026, était à cette date, une seigneurie ayant pour chef-lieu Laurac (dans l'actuel canton de Fanjeaux, Aude) dépendant des vicomtes de Carcassonne qui la tenaient en fief des comtes de Toulouse.
Ce serait le premier seigneur connu de Laurac, Guilabert 1, qui, ayant réalisé peu à peu l'unité de toute la région environnante, lui aurait donné le nom du pays du Lauragais.


Cette version est retenue par la grande majorité des historiens. Cependant, certains mais très peu nombreux, pensent que "Lauragais" (Lauragesio) serait l'association de deux mots "Laura", qui signifie labourer, et "Guesio", du gaulois "Gliso", la glaise : labourer la terre grasse et compacte des terreforts.

Quoi qu'il en soit, la seigneurie de Laurac disparut vers 1211 au cours de la croisade des Albigeois ; ses biens furent confisqués au profit du comte de Toulouse, Alphonse de Poitiers, frère de Saint-Louis, qui fit du Lauragais une jugerie encore plus étendue vers l'ouest, c'est-à-dire vers Avignonet, Villefranche, Baziège, Caraman, Lanta et dépendant toute entière de la sénéchaussée de Toulouse (1237).


Vers 1477, la jugerie est érigée en comté (Comtes du Lauragais) et donnée par Louis XI roi de France, héritier d'Alphonse de Poitiers, mort en 1271, sans postérité, au retour de la huitième Croisade, à Bertrand de La Tour d'Auvergne.
Catherine de Médicis, dont la mère était une La Tour d'Auvergne, en devint un moment la souveraine.
Catherine aurait séjourné au château de Saint-Paulet (entre Revel et Villefranche), berceau de sa famille maternelle, dont descend Turenne, maréchal de Louis XIV.
Après elle, le Lauragais appartint à sa fille Marguerite de Valois, qui le céda peu après aux Comtes de Brancas ; ceux-ci prirent le nom de Brancas-Lauragais.

 

 


LE CONCILE CATHARE.

 

En 1167 se tient à Saint-Félix un concile de la religion cathare.

Bien que les textes originaux relatant ce concile aient disparu, son authenticité a été fermement établie par des spécialistes historiens du moyen-âge.
ll n'est point lieu ici de développer les thèses du Catharisme ni de relater son histoire longue de plusieurs siècles (on trouvera dans la bibliographie en fin de volume toutes les indications nécessaires à une approche plus approfondie de sa forme de pensée et de sa douloureuse histoire). Rappelons seulement que l'église cathare, alors vivement controversée par ses adversaires catholiques, mais encore peu persécutée, tout au moins dans le Midi, jugea nécessaire de se donner des structures fermes, et choisit pour cela un endroit dont la situation, dans un Lauragais entièrement gagné à la cause cathare, n'excluait pas cependant une relative discrétion.


Où se tint finalement ce concile ?
Le déplacement et l'hébergement de tout un concours de dignitaires nécessitaient des capacités d'accueil importantes. En admettant que le gros des voyageurs attirés par le concile se soient logés dans le village primitif, on peut supposer que certaines parties du château existaient déjà, comme en témoignent les fenêtres romanes du donjon. Les actes de ce concile nous ont été transmis par l'intermédiaire de Guillaume Besse, l'historien de Carcassonne.

L'imprégnation cathare à Saint-Félix est bien attestée puisque nous retrouvons dans les textes d'époque les noms d'au moins trois diacres originaires de Saint-Félix ou y ayant résidé pendant leur ministère.
Ce sont :
- Raymond Sans, diacre de 1229 à 1239 ;
- Aymart, attesté en 1270
- et enfin Guillaume Audouy, cité en exil à Gênes en 1270.

 

Encore ces dates ne correspondent-elles qu'à la période de la persécution. On a retrouvé, dans une pièce au rez-de-chaussée de la partie nord du château, des graffitis qui pourraient remonter à cette époque.
Nombreuses croix à branches égales terminées par des houles ou des triangles qui se rapprochent des croix relevées sur les stèles discoïdales de la région.
Toutes ces gravures sont nettement tracées et bien conservées. Passe-temps de valetaille désœuvrée ? L'aspect de cette petite pièce voûtée en plein cintre, sans autre ouverture que la porte donnant sur la cour, pourrait faire penser à un cachot, tout au moins provisoire, et l'imagination nous entraînerait facilement à évoquer des prévenus suspects de catharisme enfermés là en attendant d'être livrés à l'Inquisition, et charmant leurs loisirs forcés en s'appliquant à des dessins propres à raffermir leur foi...
Les gravures les plus nombreuses se trouvent sur les jambages de la porte comme pour profiter du peu de lumière venant par les interstices. Œuvre de reclus donc ? On sait que rien, parmi les vestiges retrouvés à Montségur ou ailleurs, ne peut être attribué en toute connaissance de cause aux cathares. Mais la présence, fortuite ou délibérée, de cette répétition de croix à branches égales permet de ranger ces graffitis parmi les témoins problématiques d'une symbolique disparue.

 

 


IMAGE D'EPINAL :
LE CONCILIABULE CATHARE DE SAINT-FELIX.

 

Qui n'a gardé le souvenir émerveillé et la nostalgie de ces livres d'histoire où l'imagerie, la légende, l'emportaient en intérêt dans notre curiosité enfantine sur tout le fracas des armes, des flammes et des... dates. Aussi arrêtons-nous un peu dans cette histoire de notre village sur "l'événement" que fut le concile cathare de Saint-Félix : ce fait historique qui servira d'argument à l'avènement de nos Foires à La Cocagne dont le créateur et l'initiateur" fut notre ancien maire Raymond Lanjard, dans les années 1970. (j’ai changé le texte ...)


En mai 1165 le concile catholique de Lombers est réuni en vue d'arrêter les progrès du catharisme. Mais cette assemblée ne découragea nullement "les hérétiques" et Olivier de Penne, leur chef, envoya un message au patriarche cathare de Constantinople Nicetas qui se mit en marche afin de venir en Occitanie consacrer officiellement et réglementer leur église.

Nicetas arriva à Toulouse au début de 1167 et il vit tout de suite Raymond V, comte de Toulouse. Saint-Félix fut choisi comme lieu du concile car situé à cinq lieues de Toulouse, d'accès facile et dont les remparts assuraient contre toute surprise et pouvait contenir à l'intérieur de l'agglomération un nombreux auditoire.
Cette assemblée avait un caractère universel, de nos jours on (lirait "international").

 

C'était au mois de mai 1167 ; Nicetas s'avançait vers les remparts de Saint-Félix suivi d'une brillante escorte, formée non seulement des seigneurs et des personnalités pyrénéennes, des dignitaires du haut sacerdoce, mais aussi de délégations cathares européennes assez éloignées, sans compter toutes les orientales que Nicetas avaient invitées à sa suite.
Nicetas fut donc reçu sur le seuil du château ancestral par le maître de céans, Ramon de Carmaing (ou de Caraman).


Il ne nous reste plus qu'à imaginer ce qui fut sans doute un spectacle extraordinaire au pied des remparts de Saint-Félix. Nicetas, grand personnage venu d'Orient et de Constantinople et s'entretenant avec tous les seigneurs et dignitaires venus de tous les horizons, parlant toutes les langues et dont les habits sobres ou chatoyants étaient agités au vent d'autan : une vraie tour de Babel avec des couleurs, des chevaux, des oriflammes.
Nicetas constitua la hiérarchie sacerdotale cathare et consacra trois patriarches. Par son intelligence, sa culture, son ascétisme, sa science, il sut conquérir la noblesse d'Occitanie. Il resta plus d'un an dans notre région, reçut à sa table toutes les personnalités, n'oublia pas de convier à des agapes le peuple qui le qualifiait de "pape" et repartit pour l'Orient en 1168. Et la Croisade des barons du Nord allait déferler sur l'Occitanie...


L'épopée se terminerait définitivement dans le drame et cette véritable guerre d'indépendance entre le Languedoc et toute la chrétienté laissa pendant de nombreuses années des séquelles assez importantes. L'assimilation des mœurs et coutumes languedociennes aux directives des conquérants, les Français du Nord, ne se fit pas sans drame ni sans douleur, ni sans péripéties. Longtemps fut conservée dans tout notre midi la nostalgie de notre civilisation, de notre culture, de notre indépendance dont l'âge d'or fut certainement le XIIIème siècle.

 

 

 

LA CROISADE A SAINT-FELIX.

 

La conquête du Languedoc menée par Simon de Montfort sous le nom de Croisade a laissé peu de traces à Saint-Félix.
Le château des Cassès fut pris en 1211 et entièrement rasé, tandis que soixante parfaits y étaient brûlés. Saint-Félix fut pris par les Croisés, repris par Raymond VI, et retomba encore au pouvoir de Simon de Montfort ainsi que les places voisines de Montmaur, La Pomarède et Montgey.


Après la mort de Simon de Montfort tué au siège de Toulouse 1218, Béziers se révolta, le jeune Raymond VII reprit peut à peu ses états et fit don du château de Saint-Félix à Roger Bernard II comte de Foix. Convaincu de son impuissance à conserver les territoires conquis par son père, Amaury de Montfort abandonna ses droits au roi de France Louis VIII. Il fut décidé par le traité de Meaux en 1229 qu'à défaut d'héritier mâle, les possessions du comte de Toulouse reviendraient à sa fille Jeanne qu'il avait dû marier à Alphonse de Poitiers, frère du roi de France. En 1249, Raymond VII mourut, non sans avoir repris Saint-Félix au comté de Foix. Le 21 décembre 1249, les Consuls de Saint-Félix : Adhémar Catalan, Pierre del Teule, Bernard Navarre, Pierre Escudier, Raymond Gérault, Guillaume Aguassa bayle de Saint-Félix, prêtèrent serment au château Narbonnais à Toulouse, aux représentants d'Alphonse de Poitiers, Guido et Philippe, trésorier de l'église de Poitiers. Alphonse et Jeanne moururent la même année, en 1271, sans postérité, et Saint-Félix revint, comme leurs autres terres, à leur neveu Philippe le Hardi.

 

Dans le nouveau serment de fidélité prêté par les nobles du baillage de Saint-Félix on remarque un nom dont on reparlera : celui de Guillaume de Nogaret. Le baillage comprenant alors : Dreuille, Beauville, Cuq, Montégut, Saussens, Mascarville, Segreville, Cessales, Saint-Paulet, Roumens, Le Vaux, Saint-Julia, La Pomarède, Les Cassés et Le Cabanial.
L'hommage des délégués du baillage se renouvela avec Philippe le Bel (1285). L'inlassable combat mené par ce roi pour affermir le pouvoir royal par tous les moyens s'appuie sur l'essor du droit médiéval enté de la redécouverte progressive du droit Romain. Il n'est donc pas étonnant que son soutien le plus positif soit un juriste : Guillaume de Nogaret.

 

GUILLAUME de NOGARET

 

 

GUILLAUME de NOGARET né à Saint-Félix (3) , est un des plus célèbres légistes qui aidèrent tant la royauté à établir son pouvoir. Il fut d'abord professeur és lois à l'Université de Montpellier, puis, en 1294, juge mage de la Sénéchaussée de Beaucaire et de Nîmes. Il alla à Paris vers 1296, fut anobli et créé chevalier en 1299. Il figure dans l'Assemblée tenue au Louvre le 12 mars 1303 et y demande la convocation d'un concile général contre le pape Boniface VIII, qu'il accuse d'hérésie, de simonie, de corruption dans les mœurs, d'intrusion dans la papauté.


Envoyé secrètement en Italie par Philippe le Bel, Guillaume de Nogaret et ses collègues, aidés par les cardinaux et les seigneurs de la Maison de Colonna, que le pape avait proscrits, et que le roi avait mis sous sa protection, rassemblèrent un petit corps de troupes et se rendirent maîtres, le 7 septembre, de la ville d'Agnani, où Boniface s'était retiré au milieu de sa famille, s'y croyant plus en sécurité qu'à Rome. Nogaret et Sciarra Colonna ayant pénétré dans la chambre du pape, l'accablèrent de reproches et c'est ici que se situe la scène du soufflet : au cours de la discussion, Boniface VIII aurait traité Guillaume de "petit-fils de patarin" (c'est-à-dire cathare) et celui-ci aurait répliqué par un soufflet. Des historiens ont contesté depuis la réalité de cette scène : la responsabilité du soufflet étant donnée par certains à Colonna. Chassé par les habitants d'Agnani, Nogaret s'en retourna. Le pape ulcéré revint à Rome où il mourut le 11 octobre des suites de l'affront reçu. On connaît le suite : l'élection de papes français résidant en Avignon, terre d'empire niais étroitement enclavée dans le domaine royal ; Philippe le Bel avait gagné la partie.

Guillaume de Nogaret fut récompensé et devint Garde des Sceaux le 22 septembre 1307 ; Seigneur de Calvisson, de Marsillargues et de Tancarlet, il continua d'aider le roi de tout son pouvoir. En 1306, il est chargé d'arrêter les juifs dans le Languedoc. Ensuite on le trouve occupé par la grande affaire des Templiers.
Il eut constamment la faveur de Philippe le Bel, dont il fut un des principaux exécuteurs testamentaires. Mais Guillaume de Nogaret mourut avant le roi, probablement en avril 1313.
Ce fut bien avec Pierre de Flotte (ou Pierre Flotte), lui aussi du pays, (je n’en suis pas sûr du tout ... à vérifier... Pierre Flottes père de Guillaume Flottes seigneur de Revel ... mais en Dauphiné... Pierre Flottes était Chancelier de France comme son fils Guillaume Chancelier de Philippe VI de Valois ... Etant Seigneur de Revel ou Ravel en Dauphiné il aurait donné son nom à la ville de Revel !)
Voir le lien : origine du nom de Revel 


l'un des légistes qui contribuèrent le plus à l'établissement du pouvoir absolu.
Aussi, si ses actes et leurs motifs furent généralement douteux, n'oublions pas qu'ils reflétaient sa très féodale fidélité à son maître Philippe le Bel et faisaient de lui le premier des "grands commis". Ainsi fut-il élevé à la dignité de Chancelier du Royaume, nous dirions aujourd'hui premier ministre.

 

LA BASTIDE.


LA COLLEGIALE ET LE CHAPITRE.

 

 

 

Une fois rattaché à la couronne de France, Saint-Félix suivit le grand mouvement d'urbanisation - on pourrait dire de colonisation - des bastides. Il s'agissait en général d'implanter une ville nouvelle dans un lieu non exploité afin d'y apporter "la civilisation"...


N'oublions pas qu'au XIIIème siècle, l'Europe était encore parsemée de vastes lambeaux de la forêt primaire, ou de landes désertes. Ainsi la ville de Revel fut-elle édifiée au beau milieu de la forêt qui couvrait alors la plaine pour décourager les brigands qui l'infestaient. La ligne de châteaux construits sur les coteaux : Aguts, Montgey, Saint-Félix, Saint-Paulet, Montmaur et Montferrand servaient, depuis l'époque romaine, à les contenir et à les empêcher de déborder sur le pays toulousain cultivé.


A Saint-Félix, l'édification de la bastide eut sans doute pour but de rassembler dans un périmètre facile à défendre les différents noyaux de peuplement éparpillés des Trois Moulins à l'Eglise Vieille, trop difficiles à protéger.
On appuya donc la nouvelle bastide sur le château déjà existant. L'étroitesse du coteau détermina le plan. Deux rues parallèles encadrant une place de 50 m de côté et reliées par quatre rues transversales constituèrent la ville entourée d'un fossé et de solides remparts dont on peut voir encore quelques vestiges (une échauguette sur la promenade du Nord).
Au centre de la place fut édifiée la halle accompagnée de son beffroi, symbole obligé des libertés de la ville. Ainsi, malgré ses dimensions modestes, la tour de la halle est-elle l'équivalent des majestueux beffrois des Flandres.

La commune était gérée par quatre consuls choisis d'abord par l'ensemble des habitants puis plus tard par les consuls sortants qui soumettaient l'approbation de leur choix d'abord au seigneur, puis à la pluralité des habitants.

 

 

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Au début du XIVème siècle fut construite l'église actuelle. Elle fut terminée en 1317, date où le pape Jean XXII créant l'archevêché de Toulouse en profita pour remanier tout le diocèse et créer des collégiales, dont une à Saint-Félix.
Le chapitre de cette collégiale comportait douze chanoines, trois hebdomadiers chargés de chanter les offices tous les jours de la semaine (d'où leur nom), vingt-quatre chapelains pour les messes basses, deux diacres, deux sous-diacres, six clercs tonsurés et six enfants de chœur.
Le chapitre nommait les prêtres de son choix aux cures suivantes : Saint-Julia, Les Cassès, Le Vaux, Cambiac, Auriac, Montcabrier, Le Faget, Francarville, Caragoudes, Lignairolles, Toutens et Saint-Martin de Capuer.
La maison canoniale (aujourd'hui surnommée La Commanderie) jouxtait l'église, sa façade montre encore quelques traces de son opulence passée.


Le reste du XIVème siècle offre peu d'intérêt. On peut signaler le passage des Anglais menés par le Prince de Galles dit le Prince Noir en 1355, des Grandes Compagnies vers 1370.
Au XVème siècle, les consuls de la ville allèrent en 1425 voter à Carcassonne pour élire les députés des Etats-Généraux convoqués à Melun s/Yèvre par Charles VII.

En 1482, le Parlement de Toulouse séjourna pendant tout l'été à Saint-Félix, fuyant la peste qui ravageait Toulouse. Il dut cependant gagner en septembre Bourg-Saint­Bernard, puis La Salvetat Saint-Gilles, mais nous n'avons aucun document sur les méfaits de l'épidémie à Saint-Félix.


 

 

 

 

LE XVIème SIECLE ET LES GUERRES DE RELIGION.

 

Le mouvement de la Réforme se répandit très rapidement dans le Midi, sensibilisé depuis la "Croisade" au problème de la liberté religieuse. Dès 1561 les villes voisines de Saint-Félix (Revel, Sorèze, Puylaurens) étaient aux mains des Protestants qui chassaient les prêtres et détruisaient les églises - ou au moins leur décoration

–. Mazamet, Lavaur en 1567, Auriac et Caraman en 1568 leur sont acquis à leur tour.


Les Toulousains restés catholiques levèrent une armée sous les ordres de Louis d'Amboise et tentèrent de recouvrer le terrain perdu. Ils reprirent Revel et Soual, mais abandonnèrent le siège de Puylaurens en avril 1568 devant l'ampleur des secours arrivés de Castres.
En 1569, l'armée réformée, dirigée par Henri de Navarre (le futur Henri IV) le Prince de Condé et Coligny, atteint Montauban. Evitant Toulouse, elle envahit le Lauragais. Caraman, Auriac et Saint-Julia sont repris.


Saint-Félix assiégé résiste.

"L'an mil cinq cent soixante-dix et le vendredi 10ème du mois de février, les ennemis dressèrent camps devant cette ville de Saint-Félix, et tirent fermer la dite ville. Le dit jour, environ le midi, étant capitaine d'icelle noble Guitard de Seigne, Viguier, avant été sommé le dit jour par NI. de Juzes de la part de MM. les Princes et Amiral de vouloir rendre à leur obéissance ou venir à composition, et trois ou quatre fois fut répondu qu'il en fallait avertir Monseigneur le comte (de Caraman), à qui la dite ville appartenait, Mr le maréchal Dampierre qui en avait le gouvernement et Mr le Lieutenant principal en ce pays de Languedoc, Guienne, Provence et Dauphiné.
Les dits ennemis firent dresser trois pièces d'artillerie au-devant de la dite ville : à savoir deux pièces de campagne et une couleuvrine, y arriva le dimanche sur le jour, douzième du dit mois de février et fut poussé sur le grand cimetière, dans les vignes de Marnaut et Jacques Bastide, frères, à l'endroit du jardin de M. Jean Sicard, chanoine.


"Le mardi, quatorzième du dit mois de février, les-dits ennemis firent battre les dites pièces, environ, cent trente coups firent brèche à la petite tour de M. d'Albuisson, laquelle fut abattue dans les fossés jusqu'à la maison de M. Seule, et fut continuée la batterie le lendemain mercredi quinzième du dit mois jusqu'à neuf heures du matin de cinq cents coups de canon, à laquelle heure les ennemis demandèrent l'assaut et de quitter par la dite brèche, furent repoussés par Dampierre de la dite ville et venus à leur grande tente et perte de l'enseigne Colonel et deux furent perdus et un bon nombre de gens d'importance environ quarante, et bien autant que depuis furent étendus morts, et quantité des dits ennemis entre les blessés. Dieu en soit loué que personne de la dite ville et civils et autres malheureux ou connus entre les morts. Aux poches de leurs chausses furent trouvés des licols pour prendre et étrangler, et dit par un Batatgon qui fut pris, qu'ils voulaient tout prendre et tuer sans laisser chat ni chien.


De la victoire fut rendu grâce à Dieu en la dite église le seize du dit mois avec une célébration de messe de Saint-Esprit, par le dit Sicard chanoine, auquel jour les dits ennemis auraient cédé leurs camps. "

 

Dumartin Vaisse, notaire.

C'est donc, en ce 14 février 1570 – jour de la Saint-Valentin – que Saint-Félix fut libéré (d'où le culte voué à ce saint par notre village et sa statue placée dans notre collégiale à droite du choeur.) Cependant les troubles continuent. Sorèze, Dreuilhe et Tréville sont pris et repris.
Le 3 mars 1580, les catholiques de Saint-Félix, Saint-Julia et Castelnaudary s'emparèrent de Sorèze et la livrèrent au Sénéchal de Toulouse. Le Vicomte de Turenne qui tenait Revel pour les Huguenots tenta en vain de la reprendre et finit par quitter la région, non sans avoir ravagé Le Faget, Toutens, Maurens, Mouzens, Cambiac et Beauville. Le Sénéchal de Toulouse, Cormuson, partit à son tour. Thomas de Durfort, sieur de Deyme chercha alors à reprendre Sorèze.

Parti de Revel toujours aux mains des religionnaires, le 15 septembre 1580, sous la protection d'un fort vent d'autan et d'une nuit obscure, il réussit à pénétrer dans Sorèze et y massacra  80 catholiques.


En octobre 1587, Antoine Scipion, frère du Duc de Joyeuse et Grand Prieur de Toulouse s'arrête à Saint-Félix dans sa marche sur La Gardiole. La campagne du Lauragais continue dans la confusion et l'incertitude. En 1591, il brûle Auriac. Saint-Félix, au milieu de ce tourbillon de bandes armées plus avides de pillages que de conversions, eut la chance d'être épargné.

 

 

 

LE XVIIème SIECLE.

 

En 1601 la ville se dota d'un cadastre qui attribuait au Consulat 8689 sestérées 480 seulement de fonds nobles. En 1603 ce fut la fondation du Collège, instauré par Jean de Montels, bourgeois de la ville.
Ce Collège devait durer jusqu'à la Révolution (4).


Mais en 1621 une nouvelle guerre de Religion éclata. Puylaurens, Revel et Sorèze retombent aux mains des Protestants. Louis XIII se rendit à Toulouse avec une armée commandée par Bassompierre En route vers Castelnaudary, il prit Caraman et Le Mas Saintes Puelles. La prise de Montpellier termina pour un temps la guerre et Monluc, comte de Caraman et seigneur de Saint-Félix fut chargé de faire exécuter les clauses du traité qui prévoyait la destruction des places fortes encore aux mains des Calvinistes.


En 1625 les Protestants se soulèvent encore. Le duc de Rohan occupe le Lauragais. Montmorency gouverneur de la province donne l'ordre de renforcer la garnison de Saint-Félix, alors une des places les plus fortes de la région. Après un moment de paix relative, le duc de Rohan réapparut dans le Lauragais et prit Revel en octobre 1627. Il en partit le 3 novembre, à l'aube, pour aller guerroyer dans le Comté de Foix. Les ducs de Montmorency et de Ventadour installés à Saint-Félix d'où ils le guettaient descendirent à sa poursuite et la rencontre eut lieu sur les bords du Fresquel entre Souilhe et Soulhanels. Le combat fut violent, mais Rohan put continuer sa marche sur Cazères. Cependant la paix revint peu à peu et le duc de Rohan finit par faire sa soumission.

 

 

 

 

Mais en 1632 c'est cette fois la guerre civile qui éclate : Gaston d'Orléans, frère du roi, se révolte et le Duc de Montmorency se rallie à lui. Monsieur (titre traditionnel du frère du roi) tenant à s'assurer de la place de Saint-Félix avant toute bataille décisive l'avait fait investir par des hommes à lui. Mais les habitants de la ville, fidèles au roi en appelèrent au Maréchal de Schomberg qui dirigeait l'armée royale. Il vint assiéger le château. Monsieur et le Duc de Montmorency sortirent alors de Castelnaudary pour les libérer. Schomberg qui disposait de peu d'effectifs allait lever le siège lorsqu'il eut la bonne fortune d'obtenir la reddition du château contre 10 000 livres. Il y laissa alors quatre compagnies du régiment de Chamblais et se dirigea vers la château de Souilhe qui lui était acquis. Entre ces deux points d'appui il put disposer 1000 hommes et 1200 chevaux. Le combat commença très vivement. Mais le duc de Montmorency emporté par sa bravoure fut bientôt capturé couvert de blessures, et l'armée rebelle se dispersa. Le Duc fut, comme on le sait, décapité dans la cour du Capitole de Toulouse. Et pour un temps dont nul n'osait préjuger, la paix s'installa.


LE PAYS DE COCAGNE.


ou l'Age d'Or du Pastel.

 

Li païs a non Coquaigne
"Qui plus i dort plus i gaigne."

 

C’est curieusement pendant ces temps troublés que le Lauragais gagna son mystérieux surnom : "Le Pays de Cocagne".
Si l'idée de l'âge d'or est aussi vieille que l'humanité, si le pays où

 

"Veut-on manger, les metz sont épars dans les plaines
Les vins les plus exquis coulent de nos fontaines,
Les fruits naissent confits en toutes les saisons,
Les chevaux tous sellés entrent dans les maisons,
Le pigeonneau farci, l'alouette rôtie,
Vous tombent ici-bas du ciel comme la pluie."

 

Legrand (1737-1800) Le roi de Cocagne, 1, 2 -

est connu dans les légendes du monde entier, du Schlaraffenland à la Loquilandia, le terme même de Cocagne est bien originaire d'ici. Il se réfère à une culture longtemps oubliée, au point d'être devenue mystérieuse, celle du pastel. Cette plante à fleurs jaunes (isatis tinctoria lin.) cultivée depuis le Moyen-Age dans le triangle Toulouse -Carcassonne - Albi servait à teindre les étoffes en bleu ; par des mélanges on obtenait du noir, du vert, du violet. Le pastel du Lauragais étant réputé dans toute l'Europe amena la prospérité dans la région.
Le sommet de cet âge d'or se place entre 1500 et 1560. Rappelons les magnifiques hôtels des négociants toulousains datant de cette époque. Mais l'équilibre du marché était précaire ; la récolte de 1560 fut de bonne qualité, mais fort réduite. Les cours montèrent donc. L’année suivante, au contraire, la récolte gâtée par les pluies fut beaucoup trop abondante mais de qualité moindre et cela suffit à faire s'effondrer le marché.
Or le pastel nécessitait toute une préparation. Comme pour le tabac, on cueillait les feuilles une par une et on les triait selon la qualité. Ces feuilles, une fois broyées dans des moulins - il reste à Saint-Félix, section de Cadenac, un lieu-dit "Moulin Pastelier" – étaient mises à fermenter, puis on en confectionnait des boules de 10 cm environ appelées "cocos" ou "cocanhas".
C'est sous cette forme facile à stocker et à transporter que le pastel était vendu.
Le nom de Cocagne était donc aussi connu que le pastel lui-même et, par extension le Lauragais dont il fit la richesse devint "Le Pays de Cocagne".
Après l'inflation de 1561, le pastel continua à être cultivé dans la région, tout au moins jusqu'au 1er Empire, pour les uniformes, car cette teinture avait pour qualité de ne pas pâlir au soleil. Tombé ensuite dans l'oubli, il fallut l'enthousiasme de quelques chercheurs (5) pour le tirer du purgatoire. De nos jours on envisage de recultiver le pastel, riche en acides gras pour en tirer des cosmétiques, et bien sûr, c'est en Lauragais où il pousse à merveille que l'expérience est tentée.


LE COLLEGE DE SAINT-FELIX LAURAGAIS.

 

De nombreux documents datant du XVIIème siècle qui permettent de reconstituer le passé de Saint-Félix Lauragais sont accompagnés de maintes signatures, ce qui prouve chez les habitants une instruction suffisante. Ils étaient même sous ce rapport, assez favorisés, puisque la ville possédait un collège fondé en 1603 grâce à un certain Jean Monteils, bourgeois qui "donna et laissa tous et chacun de ses biens meubles, immeubles présents et à venir, droits qui lui sont et pourront advenir à l'élection perpétuelle d'un collège à tenir et continuer en la ville de Saint-Félix, pour l'entretien des régents (6) et autres choses nécessaires à l'instruction de la jeunesse".


En 1742, l'Archevêque de la Roche-Aymon constate au Collège la présence de trois régents pour enseigner le latin et d'un quatrième pour apprendre à lire et à écrire.
Au XVIIIème siècle, les revenus du Collège se montaient à 900 livres dont 770 environ fournies par les immeubles, 50 par la commune et 80 par le Chapitre.
Le procès-verbal de visite de 1763 signale même la présence d'une maîtresse d'école, mais elle n'était pas pavée.
Le principal était un sieur Duzac qui vécut en conflit avec la municipalité dans les années de la Révolution.
Mais les biens du Collège furent vendus comme biens nationaux.

Près du hameau de Cadenac, se trouve une métairie appartenant autrefois au Collège et qui en porte encore le nom.

 

IMAGE D EPINAL :


Grandes réjouissances à l'occasion de la naissance du Dauphin.

 

Au mois d'octobre 1729 parvient la nouvelle de la naissance du fils du roi Louis XV.

"Dès que la nouvelle de cette heureuse naissance vint de l'Intendance, Monsieur le Maire fit sonner les cloches pendant trois jours et trois nuits sans relâche, au point que les paysans d'alentour accouraient, croyant la ville en feu ; mais en arrivant ils étaient rassurés et renvoyés contents."

Au jour fixé pour les réjouissances civiles, quatre compagnies d'infanterie "lestement habillées" partirent sous les armes, avec des cocardes de couleurs différentes.

 

Les officiers donnèrent à l'Hôtel de ville un magnifique souper et les magistrats, toutes les Dames et tous les cavaliers y furent priés. Il y eut un commerce d'esprit entre six tables rendu de l'une à l'autre par de jeunes cavaliers qui servaient les Dames et voltigeaient dans la salle. On but à la santé du Roy, de la Reine et de Monseigneur le Dauphin, avec trois salves d'artillerie pour annoncer ces trois santés."

« Illuminations, feux de joie, fontaine de vin qui coulait sur la place pour le peuple". Rien ne manquait à la fête clôturée par deux bals.

XVIIème SIECLE :


Pierre Paul Riquet, le Canal du Midi et notre Rigole.

Dans la longue liste des seigneurs de Saint-Félix, apparaît, vers le milieu du XVIIème siècle le nom de Pierre Paul Riquet le créateur du Canal du Midi. C'est le 19 janvier 1665 qu'est adopté le projet d'ouverture d'une rigole d'essai pour conduire les eaux de la Montagne Noire à Naurouze.
Pendant le printemps et l'été de cette année, les travaux de la Rigole traversant nos terres de Cadenac et Graissens sont menés activement et le 2 novembre les eaux de la Montagne Noire parviennent à Naurouze.
Hélas, notre Rigole (7) ne restera qu'un modeste canal car il avait été prévu à l'origine d'en faire une voie navigable identique à ce qu'est actuellement le Canal du Midi. Quant au Canal du Midi il aurait dû devenir le fameux Canal des Deux Mers reliant la Méditerranée à l'Océan et ouvert à la grande navigation - grands projets certes mais grandes occasions perdues pour notre région .
Pierre Paul Riquet mourut le 1er octobre 1680 avant l'achèvement de son œuvre et son fils Paul de Riquet vendit la baronnie de Saint-Félix en 1683.

 

LA REVOLUTION.

 

L’histoire a jusqu'à présent fait peu de place aux revendications provinciales préalables à la réunion des Etats Généraux en 1789. Il semble bien que dans les provinces les plus éloignées du pouvoir, soit par leur situation géographique, soit par un statut culturel et linguistique différent, mollement combattu au nom d'une unification heureusement toujours reportée, les revendications visaient surtout à l'établissement - ou à la reconnaissance - d'une plus large autonomie.
Un compte rendu de la séance du Conseil du 15 janvier 1789 révèle que ces préoccupations prépondérantes étaient à Saint-Félix comme dans le reste du Languedoc.


Hélas, le laminoir jacobin allait mettre bon ordre, de Dunkerque à Cerbère, à ces velléités particularistes. Appliqués avec plus de soins au cours du XIXème siècle, les "immortels principes " tendront à écraser ce qui pourrait encore rester d'original dans les provinces, et singulièrement à éradiquer systématiquement les langues vernaculaires, insidieusement flétries du nom de "patois".
Beau mot cependant, que l'étymologie rattache au "pays". On comprendra donc sans peine que l'histoire de Saint-Félix s'arrête, en ce qu'elle participait encore au grand mouvement des états et des princes, à cette période.


Les quelques événements que nous pourrions rapporter : installation du clergé constitutionnel, élections diverses, sont d'une grande banalité. En 1794 la commune fut rebaptisée du nom fort original de "Bellevue". Cette franchimande platitude ne subsiste heureusement qu'à l'état de souvenir...
Les soulèvements royalistes de 1799 eurent leur répercution en Lauragais, mais le coup d'état du 18 brumaire mit fin à toute velléité séparatiste. Le pouvoir central règnerait désormais sans partage, et les provinces n'auront plus de privilège historique que le douteux honneur de participer aux diverses conscriptions : pendant plus de 15 ans les campagnes napoléoniennes allaient abondamment puiser dans nos campagnes. Aussi, ne s'étonnera-t-on pas si "l'envahisseur Anglais" s'apprêtant à bivouaquer sur nos collines des "Fourches" fut plutôt accueilli en libérateur...

 

Les Dates de la Révolution à Saint-Félix :

De 1790 à 1800: nomination de Saint-Félix comme Chef-lieu de canton (23 février 1790).
En 1790 création d'assemblées électorales : à Saint-Félix, 150 citoyens actifs, c'est-à-dire payant une contribution d'au moins 3 journées de travail, celles-ci évaluées à 14 sols.
En 1793, lors de la levée en masse décrétée par la Convention 45 hommes sont demandés à la commune qui comptait 2308 habitants.
Le 20 prairial de l'an 1794, plantation d'un arbre de la Liberté.

 

SAINT-FELIX SOUS LE 1 er EMPIRE.

 

Avec le XIXème siècle, l'histoire de notre village va connaître une nette accalmie. Il est certain, en effet, que Saint-Félix perd le prestige qu'il avait dans les siècles antérieurs, par le fait même que ni sa position privilégiée, ni son château autrefois si important n'ont désormais aucun rôle à jouer dans l'époque moderne où les manœuvres militaires n'ont plus à considérer ce que les armées des siècles antérieurs se disputaient âprement.


Saint-Félix, baronnie des Etats du Languedoc, première ville maîtresse du diocèse de Toulouse perd tout prestige pendant le XIXème et le XXème siècle.
Toutefois, en ce début du siècle et au terme des campagnes napoléoniennes auxquelles notre commune dut payer un lourd tribut, se place l'épisode de l'arrivée des troupes anglaises. Les chroniqueurs de l'époque rapportent que, dans un pays ruiné et exsangue suite à plus de 15 ans de guerres, les soldats du Duc de Wellington furent reçus non comme envahisseurs mais comme... libérateurs.


Le 17 avril 1814, les troupes anglaises qui poursuivaient le Maréchal Soult après la bataille de Toulouse bivouaquaient sur les collines des Fourches situées au sud-ouest du village. Allait-il y avoir la bataille de Saint-Félix ? C'est alors qu'arriva la nouvelle de l'abdication de Napoléon 1er mettant fin à toutes hostilités.


Les troupes du duc de Wellington séjournèrent quelque temps dans notre commune et, de cette occupation surtout pacifique, subsistent 2 noms correspondant à 2 lieux bien précis :

- le "Jardin anglais" situé en contre-bas du château (N-E du village)
- le "Cimetière des anglais" sis sur la crête au S-0 du village, sur un terrain communal figurant au cadastre section YV, n° du plan 87, d'une superficie de 14 a 40 ca, classé comme landes en classe 01.
Le terrain est bien délimité par 2 rangées de cyprès mais ne porte aucun indice pouvant attester qu'il y ait eu ici des inhumations de soldats anglais décédés suite à maladies ou blessures.


Actuellement le site a été bien préservé et l'accès en est relativement aisé sauf en cas de mauvais temps (chemin parfois détrempé par les pluies). Belle vue panoramique sur le village distant de 1,500 km environ, sur la Montagne Noire et la chaîne des Pyrénées.


SAINT-FELIX A LA FIN DU XIXème SIECLE.

 

Après les tourmentes de l'Empire, notre village retrouve une ère d'accalmie en cette deuxième moitié du XIXème siècle. Toutefois, on doit mentionner la terrible épidémie de choléra de 1854 qui décima notre population.


En cette année, il y eut 152 décès, (dont 109 pour le seul mois de septembre !) on eut à enregistrer jusqu'à 8 décès par jour. Quand on sait que la population de Saint-Félix était alors de 2500 personnes environ on peut mesurer l'impact tant démographique qu'économique que pouvaient causer de telles épidémies qui n'étaient pas rares avant les découvertes de la science moderne (travaux de Pasteur de 1870 à 1880).


Sur le plan économique, signalons également l'arrivée du phylloxéra qui, importé d'Amérique en 1885, mit fin à l'exploitation intensive de la vigne dans la commune. Le grand bâtiment qui termine la rue Déodat de Séverac du côté du château près de l'ancienne porte de Roqueville, était la cave du château. Ses proportions majestueuses donnent une idée de l'importance de la vigne à cette époque.


Au chapitre des occasions perdues déplorons qu'un projet né en 1871 d'un Canal d'irrigation qui aurait dû relier la Montagne Noire à Villefranche n'ait pas été réalisé dans ce Lauragais trop souvent soumis aux rigueurs de la sécheresse estivale.
En 1871 également est construite la première gendarmerie.
En 1873, suite à l'incendie d'une maison et à l'achat du terrain sur lequel elle se trouvait par la municipalité, est créé le passage qui permet de passer de la Promenade du Nord à la rue des Nobles.
En 1891, l'achat d'une maison, également par la municipalité, permet l'ouverture du "Trou Cambré" qui fait communiquer la Promenade du Midi avec la rue Déodat de Séverac (dénommée alors Rue Glaciale).
En 1896, Saint-Félix est relié au réseau téléphonique départemental.
En 1863, la voie ferrée Castelnaudary-Castres est inaugurée. La gare voit passer 10 trains de voyageurs par jour (5 sur Castres et 5 sur Castelnaudary) et une bonne dizaine de trains de marchandises.
En 1900 notre village comptait 550 habitants et il y avait 4 distributions de courrier par jour et même une le dimanche (pour le village seulement).

 

LA BELLE EPOQUE A SAINT-FELIX (fin du XIXème et début du XXème siècle).

 

En ces périodes de tranquillité, où les inégalités sociales sont tempérées par une certaine douceur de vivre, se développent plus à loisir les personnalités artistiques, dont les exemples les plus célèbres ici sont issus de la famille de Séverac. Attestée dès 960 en son fief d'origine (Séverac le Château en Aveyron), la famille de Séverac se fixera dans la région vers le XVème et y fera souche.

 

C'est au XIXème siècle qu'elle donnera à Saint-Félix ses deux plus grandes gloires artistiques, et tout d'abord Gilbert de Séverac. Elève de L. Cognet aux côtés de Meissonnier, il débute au salon de 1859 en même temps que Fromentin dont le rapprochent à la fois son appartenance à une élite discrète et terrienne, et son goût des sujets exotiques. L'Algérie, c'est alors le Far-West (Chasse au faucon, Cavalier maure).

 

   
tableau de Gilbert de Séverac, en l'église de Saint-Félix Lauragais.
 

Tableau de G. de Séverac

Jonas le vieux mendiant

Musée des augustins Toulouse

 

 

Il visite l'Italie, ce qui explique un coloris souvent proche des Corot de la villa Médicis, qui se retrouvera encore, vingt ans après, dans les matités et le fond d'un rouge pompéien de son portrait de Déodat de Séverac âgé de 13 ans. Mais les fulgurances et les langueurs vannées de la fin du siècle vont lui inspirer ses plus belles œuvres : Absalon, Vénus Anadyomène, Marino Faliéro, surtout cette admirable Mort de Sardanapale qui, sans faire oublier le fouillis pittoresque de Delacroix, propose une vision plus implacablement calme de cette élégante sortie.

 

 

La grande verrière de son atelier domine toujours la place de Saint-Félix, même si la maison des Séverac est maintenant connue pour celle du grand compositeur Déodat de Séverac.

 

 

 

 

Né à Saint-Félix le 20 juillet 1872, il devait en effet consacrer sa vie à la musique. La famille était déjà de tradition musicienne. Son père Gilbert jouait de l'harmonium, du piano et de la flûte. Sa sœur aînée Alix contribua à son initiation, ainsi que le compositeur Louis Amiel, de Saint-Félix, (auteur entr'autres de la "Romance de l'Escabel"), dont l'amitié continuera sa vie durant, puisqu'il dirigera plus tard l'orchestre "La Lyre du Vent d'Autan" créé par Déodat.
Après des études à Sorèze, où il tint le cornet à pistons, Déodat de Séverac entre au Conservatoire de Toulouse en 1893. Il compose déjà, s'initiant à divers instruments dont le hautbois qu'il affectionnait pour son côté rustique. Plus tard le tenora des Coblas catalanes comblera cette passion.
En 1896, il "monte à Paris" et s'inscrit à la Schola Cantorum. Il y perfectionne son art tout en liant de nombreuses relations dans les milieux artistiques : Léon Paul Fargue, Apollinaire, Braque, Max Jacob, etc... Mais il rencontre aussi maints Espagnols et Catalans tels Ricardo Vinès ou le peintre Manolo. Ami de Picasso, il l'attirera bientôt à Céret. Or, Déodat a raconté lui-même qu'enfant, se promenant près du château de Saint-Félix quand le vent d'autan révèle la chaîne lointaine des Pyrénées, il regardait longuement le cône bleu du Canigou et rêvait d'aller voir "ce qu'il y avait au-delà".
On comprend ainsi l'attachement qu'il voua toute sa vie au Vallespir et à la Catalogne, sans renier ses attaches lauragaise, puisqu'il continua à résider très souvent à Saint-Félix. Dès Paris, d'ailleurs cet "exilé de l'intérieur" développa l'idée de civilisation latine qu'il sut faire partager à maints de ses amis félibres ou musiciens.

 

La maison de Déodat de Séverac                                                                                       vers la publication des actes du colloque de Sorèze sur Deodat de Severac


Il a laissé une œuvre considérable même si certaines compositions sont aujourd'hui perdues. Musique religieuse (il ne dédaignait pas de tenir l'orgue de Saint-Félix ni d'en diriger la chorale), symphonique (Les Nymphes à l'aube et au crépuscule), mélodique, dont la très célèbre "Ma poupée chérie" composée pour la naissance de sa fille Magali, œuvres de piano.

Le chant de la Terre, En Languedoc, Cerdana - sans compter sa musique pour le théâtre, le Cœur du Moulin, avec un texte de Maurice Magre – où les images conservées du décor rappellent singulièrement, agrémentée de quelques pins, la vue de notre moulin du Chapitre – et surtout Héliogabale, représenté dans les arènes de Béziers en 1910, où il utilise les tildes et tel/oins catalans, et dont il faut espérer qu'on redonnera quelque jour une représentation nouvelle. Toujours très proche du terroir et de la latinité qu'il affectionnait, il a su rester près de la nature. Debussy disait de lui "sa musique sent bon".
Il est mort à Céret en 1921  (8) et inhumé au cimetière de Saint-Félix. Ses descendants actuels ont ouvert dans la maison natale un petit musée dont la visite est digne d'intérêt. Outre les remarquables œuvres picturales de Gilbert de Séverac on peut voir le piano du compositeur.

 

 

 

Saint-Félix- La place de la Halle vers 1910. Au fond La Lyre du Vent d’Autan.

 

SAINT- FELIX AU XXème SIECLE.

 

Comme dans les moindres hameaux de France, la guerre de 14-18 préleva ici son sanglant tribut : en quatre ans, pendant lesquels hommes et chevaux manquent terriblement aux travaux agricoles, les grandes batailles enlèvent 87 hommes.

 

Ils avaient fait "la guerre à la guerre" ainsi que le précise une inscription en occitan gravée sur le monument élevé en leur mémoire en 1921 et pourtant... en 1940, nouvelle guerre qui, bien que moins meurtrière pour notre commune, amènera l'occupation du village par les troupes allemandes.


C'était la première fois que les Allemands foulaient le sol de Saint-Félix après la succession d'armées de différentes  nationalités qu'avaient amenés les événements de son histoire. A noter qu'en 1921 notre commune prenait l'appellation officielle de Saint-Félix Lauragais. En effet, Saint-Félix de Caraman devait son origine à l'appartenance de Saint-Félix au vicomté de Caraman (ou de Carmaing) - Arnaud de Carmaing était seigneur de Saint-Félix au XIVème siècle.


A partir de la guerre de 14-18, l'exode rural vers les villes se précise et s'accentue, même s'il est moins sensible ici que dans des régions à l'économie plus précaire.
Les chiffres donnés par les recensements nous permettent de suivre l'évolution de la population : (rappelons que sous la Révolution, Saint-Félix comptait 2308 habitants).

 

En 1880 cette population était de 2500 habitants (dont 735 dans le village.)
En 1885         2293
En 1900         2049
En 1910         1910
(2 nombres remarquables) dont 603 dans le village.
En 1936         1677
En 1638         1620
En 1942         1596
E n 1954        1456
En 1962         1338
En 1968         1192
(dont 316 dans le village.)
En 1976         1110
En 1982         1188

Voici, à titre documentaire, le détail des recensements de 1962 - 1976 - 1982.


 
1962  
1976  
1982
Saint-Félix agglomération   
 328  
  331  
259
fermes autour du village   
226 
  201  
245
Cadenac                
  310  
  239  
210
Graissens  
 198  
  78
126
I,a Jalabertie 
173
 178 
 265
La Pastourie         
103
88
83
 
1112
1110
1188

 

 

 

LES SEIGNEURS DE SAINT-FELIX.

 

Nous sommes amenés à passer en revue la lignée des barons de Saint-Félix, vicomtes de Caraman qui furent tour à tour propriétaires d'un vaste domaine dans le Lauragais.

 

Au XIIIème siècle :


. Pierre d'Euze (frère du pape Jean XXII)

 

. Arnaud d'Euze : fils du précédent, épousa Marguerite, de la famille de Lisle-en-Jourdain, et tous le deux fondèrent, en 1333, le monastère de N.D. des Anges aux Casses (les ruines de ce monastère sont visibles encore aujourd'hui à trois kilomètres de Saint-Félix).

 

. Arnaud de Carmaing (Caraman), fils d'Arnaud d'Euze, n'hésita pas à faire une levée d'hommes d'armes quand Gallois de La Baume, lieutenant du roi, forma une nouvelle armée en Languedoc contre les Anglais, en 1348, et il y parut lui-même, sa maison fut une des plus fidèles au roi, dans cette période malheureuse de la guerre de cent ans. Après le traité de Brétigny (1360), le vicomte de Carmaing dut se soumettre aux Anglais.

 

. Hugues, vicomte de Carmaing. Dans la fameuse querelle des Armagnacs et des Bourguignons, les barons de Saint-Félix demeurèrent d'abord fidèles au roi et ennemis des Anglais. Quand le dauphin Louis, plus tard Louis XI, vint défendre la province contre les Anglais et les Routiers, le vicomte fut un de ses fidèles les plus appré­ciés (1439).

 

. Jean I, fils de I fugues de Carmaing entra par son mariage avec Isabeau de Foix-Gralli en 1427 dans la puissante maison des comtes de Foix.

 

. Jean II, fils du précédent, fut le premier comte de Caraman. Il était de plus baron de Saint-Félix. C'est Charles VIII qui lui conféra ce titre en 1484 à Tours.

 

. Jean III, fils de Jean II, se distingua par sa magnificence et ses qualités chevaleresques au milieu des seigneurs qui entouraient Henri d'Albret, roi de Navarre. Il fut un des principaux membres de son escorte, lorsque ce prince alla à Lyon rejoindre François 1er, toujours en lutte avec Charles-Quint. Jean III laissa son comté à son fils Odet de Foix.

 

Odet de Foix appartint à la rude période des guerres de religion. Attaché semble-t-il à la foi catholique, il se montra en effet, même après l'avènement d'Henri IV l'un des plus fidèles lieutenants du Duc de Joyeuse. Il mourut en 1593 sans enfant mâle. Sa fille hérita du comté de Caraman et de la baronnie de Saint-Félix, et les porta en dot à Adrien de Monluc, cadet de la célèbre maison de ce nom, si redoutée des protestants.

 

Adrien de Monluc était petit-fils du célèbre Blaise de Monluc. Il eut comme son aïeul un penchant pour les lettres puisqu' on le trouve non seulement protecteur d'écrivains et de poètes tels que le fameux poète toulousain Goudouli ou François de Maynard, mais aussi auteur de pièces fortement imprégnées des scènes italiennes ou espagnoles : les jeux de l'Inconnu, l'Infortune des Filles de joie, la Comédie des Proverbes.
Du côté politique, Adrien de Monluc ne resta pas inactif c'est ainsi qu'il se trouve à la Journée des Dupes (11 nov. 1630), fourvoyé parmi les ennemis de Richelieu qui le fera embastiller. Après sept ou huit années de captivité, il fut libéré après la mort de Richelieu en 1643. Il mourut le 22 janvier 1646 à l'âge de 78 ans encore gouverneur du Comté de Foix, fonction qu'il remplissait depuis les dernières années d'Henri IV Il n'eut qu'une fille, qui, en se mariant, porta ses domaines dans la maison de Sourdis.

 

Extrait du livre de Guillaume Hesse. Cf  Bibliographie.

 

Charles d'Escoubleau, marquis de Sourdis et d'Alluye, était un des seigneurs les mieux vus de Louis XIV et son nom apparait souvent dans les fêtes magnifiques qui se donnaient à la cour. Ses revenus étaient apparemment considérables ; mais ses dépenses le furent encore plus, à tel point qu'il dut en arriver à vendre ses terres, pour satisfaire ses créanciers. Celles du Lauragais furent achetées par Pierre Paul Riquet, le fameux créateur du Canal du Midi qui cherchait depuis longtemps à prendre rang parmi la haute aristocratie du pays. Et le 5 août 1670, Paul de Riquet, son deuxième fils, capitaine des Gardes, devint comte de Caraman et baron de Saint-Félix.

 

Paul de Riquet, à son tour, vendit la baronnie à Jean de Franc, seigneur de Montgey et de Cahuzac au prix de 153 000 livres en 1683.
En 1712 nous trouvons un nouvel acheteur de la baronnie de Saint-Félix en la personne du marquis de Chambonas pour la somme de 135 000 livres.
Le marquis de Chambonas était premier gentilhomme de la chambre du duc du Maine. Pour soutenir l'éclat de la cour, il menait naturellement un grand train de vie. Aussi, dès 1735, le marquis de Chambonas, marquis d'Auberoque, baron de Thinières, etc, etc... dut-il songer à vendre ses biens pour payer ses dettes. Et, détail assez piquant, le principal acquéreur de sa terre de Saint-Félix, fut son intendant, un certain Joseph Mories, qui était aussi son principal créancier. Voilà comment le château de Saint-Félix reçut un nouveau maître.

 

Pour se présenter dignement, il manquait à Mories un titre de noblesse. Aussi son fils acheta-t-il bientôt une charge de secrétaire du roi qui conférait l'anoblissement. En 1756, les revenus de Mories étaient évalués à 3026 livres. "L'albergue lui rapportait 17 setiers de blé et autant d'avoine. Les censives et les lods 50 setiers de blé et 20 d'avoi­ne."(9)

 

Seule, la Révolution allait déposséder la famille de Mories de ses privilèges nouvellement acquis et par la même occasion raser l'imposant donjon qui s'élevait à l'aile nord du château à une hauteur de 54 mètres.
Par héritage, le château devint la propriété de la famille d'Auberjon. Après le décès du marquis d'Auberjon en 1947, son neveu, le baron de Roquette-Buisson en devint propriétaire.
Actuellement, c'est monsieur Eric Saint-Paul qui est propriétaire de ce château si chargé d'histoire.

 

HISTOIRES DIVERSES, LEGENDES, RECITS ET ANECDOTES...

 

Au cours de la Croisade des Albigeois, Simon de Montfort aurait jeté son épée dans le puits du château... où elle se trouverait encore.
•    Toujours au sujet de puits : celui qui se trouve au pied du clocher aurait une profondeur de 42 m (exactement la hauteur du clocher). Explication technique : installation d'un contrepoids destiné à hisser les matériaux nécessaires à l'édification de la flèche.
•    Saint-Félix station thermale ? Les eaux issues de la source de l'Escabcl qui se trouve au pied des collines des Fourches auraient des vertus thérapeutiques.
•    Ligne de partage des eaux : la goutte de pluie qui tombe exactement à l'altitude 339 m (en haut de la rue Déodat de Séverac) se divise en deux et s'écoule en partie vers la Méditerranée via le Fresquel et pour l'autre partie vers l'océan via la Vendinelle : tout ceci théoriquement bien entendu...
•    La commune Libre de Saint-Roch fut une réalité dans les années 50 et, à l'instar de celle de Montmartre, elle avait son maire, son garde-champêtre et... ses festivités.
L’auberge du Poids Public reçoit depuis des lustres les plus grandes personnalités (et les plus fins gourmets...) Citons l'actrice Margault Hemingway, l'écrivain Michel Déon et le président François Mitterrand.
•   II est admis qu'avec ses 5022 ha Saint-Félix serait une des communes rurales de France les plus étendues. S'il est difficile de faire le point sur le plan national, par manque de statistiques, par contre sur le plan départemental nous arrivons en 5ème position après Toulouse (11830 ha), Montesquieu Volvestre (5830 ha), Muret (5784 ha) et Bagnères de Luchon (5280 ha) qui ne sont pas particulièrement des communes rurales.
•    C'était la "Belle Epoque" : au début du siècle la fête patronale (Les Fêtes de Notre-Dame) duraient 5 jours avec au programme un concours régional de tir, 2 courses cyclistes, un feu d'artifice, un concours de grimaces et des courses aux ânes et aux mulets.
•   Dans les années 70 le Comice Agricole de Saint-Félix était le grand rendez-vous et la Fête des gens de la terre lauragaise. Le grand événement en fut certainement le Festival Mondial de la Vapeur qui avait réuni 13 machines à vapeur en parfait état de marche et au travail.

 

SAINT- FELIX LAURAGAIS ET SON EGLISE.

 

 

C 'est à la fin du XIIIème siècle et au début du XIVème que le "Sénéchal" Eustache de Beaumarchais fit construire la bastide telle que nous la connaissons aujourd'hui encore. Et c'est en 1303 que fut prise la décision de la construction de l'église, ainsi qu'en témoigne un acte passé entre les communautés de Saint-Félix et les habitants de Cadenac, Saint-Crapasi et Graissens pour obliger ceux-ci à concourir à l'édification d'une nouvelle église.

 

Le style général de l'église, comme plusieurs de ses caractères particuliers, dénotent parfaitement cette époque. L'aspect en est imposant. Les larges ouvertures dont les murs sont percés, les puissants contreforts, surmontés de gargouilles, qui les appuient, les dimensions générales du monument, le beau clocher qui le domine, font de cette église, dans son ensemble, une des plus remarquables de la contrée.
Elle était digne de servir de Collégiale  (10) pour le Chapitre de Chanoines que le pape Jean XXII fonda à Saint-Félix en 1317, quelques années à peine après son achèvement. Nous allons en examiner rapidement les diverses parties.
Tout d'abord la nef.

 

Celle-ci a 27 mètres de long sur 15 de large - y compris les chapelles - et 13 de haut. A la fin du XVIème siècle, un incendie consuma la voûte, remplacée depuis par des arceaux de bois, et la partie supérieure dut être reconstruite, au moins au midi, ainsi qu'en témoigne une inscription extérieure datant de 1603 (ou 1605).

 

La nef a 8 travées, autant de chapelles du côté droit et deux seulement à gauche, à cause des deux portes de l'église et de celle de l'escalier du clocher. Ces chapelles ont plusieurs fois changé de vocable.
En 1637, par exemple, un procès-verbal de visite pastorale par l'archevêque de Toulouse signale, à droite et en commençant par le fond : celle de Saint-Jean-Baptiste ; celle de Saint-Michel ; celle de Sainte-Anne ; celle de Sainte-Catherine et celle de Sainte-Barbe.
Les trois premières sont moins hautes que les deux autres, vis-à-vis desquelles se trouvaient celles du Purgatoire et du Saint-Sépulcre. Aujourd'hui, elles sont dédiées, celles de droite respectivement à Saint-Pierre, à Sainte-Germaine, à Notre-Dame la Belle, au Sacré-Cœur, à Notre-Dame du Rosaire ; celles de gauche à Saint-Joseph et Saint-Antoine de Padoue, l'autre à Saint-Louis, roi de France. Il faut signaler le beau retable de la chapelle dédiée à Notre-

 

Dame du Rosaire et les voûtes.

 

Mais la plus belle partie de l'édifice reste incontestablement le chœur. Dès qu'on entre dans l'église, il surprend par son ampleur, bien mise en évidence par la lumière que laissent passer les hauts vitraux.

 

Il est moins haut que la nef et peut-être un peu court pour sa largeur, mais la chapelle absidiale qui le termine pourrait corriger cette légère disproportion si elle était mieux aménagée.

 

Des sept fenêtres géminées qui l'éclairent, deux atteignent 8,50 m sur une largeur de 1,75 m. Les autres, aussi larges, ne descendent pas au-delà de 2,75 m, à cause des chapelles donnant autrefois sur le chœur et dont les ogives, aujourd'hui murées, supportent quatre tableaux attribués à Despax.
Les fenêtres du chœur et les deux de l'abside accusent les dernières périodes de l'architecture ogivale ; dans la partie supérieure les trèfles se multiplient, et les meneaux, au lieu de rester des colonnettes, ne sont plus que des montants, couverts de moulures entourant le trèfle central selon des courbes caractéristiques du style flamboyant. Comme dans beaucoup d'églises de la même époque, les arcs-ogives de la voûte sont accompagnés de tiercerons subdivisant les voûtains et venant se relier par les "liernes" à la clé principale. Cette modification architecturale date de la seconde moitié du XVIe siècle.
L'autel principal est un très bel autel de marbre dû au sculpteur Etienne Rossat, réalisé en 1748. L'appui de communion, très gracieux, en fer forgé, aurait été fait en 1802 par Cazelar, auteur en outre de la grande croix de la place.

 

Le clocher est du XIVème siècle. Il a 42 mètres de haut. La partie inférieure de la tour est pleine et accompagnée de quatre quasi-tourelles à clochetons surmontées d'un ornement sculpté. La partie supérieure est octogonale et les côtés sont percés de deux rangs de fenêtres longues et étroites, à ogives brisées. Les lignes de la flèche, également octogonale à sa base, ont une harmonie très gracieuse.

 

Le clocher renferme deux cloches de bronze, l'une datée de 1523, l'autre de 1760. Au-dessous du clocher est la principale entrée de l'église surmontée de la statue de Saint-Pierre. Au pied du clocher, à gauche, un puits dont la profondeur serait égale à la hauteur du clocher, soit 42 m.
A l'intérieur de l'église, de part et d'autre du chœur les statues de Saint-Félix et de Saint-Valentin (en mémoire de la libération du village le 14 février 1570 lors des guerres de religion).

Enfin,  nous ne pouvons passer sous silence le grand orgue de Rabiny construit par ce grand facteur allemand en 1782. Cet instrument qui a retrouvé sa place en 1992 et classé par l'administration des Monuments historiques en 1966 constitue un des plus beaux instruments du midi de la France et ses belles sonorités font l'admiration de ceux qui l'entendent, surprennent les connaisseurs et émerveille les amateurs de musique d'orgue.

 

L'interieur de l'Eglise et de son orgue description et photos dans le livre de Marie Agnés Winter

 

 

LE GRAND ORGUE DE RABINY.

 

La construction de l'orgue actuel remonte à la fin du 18ème siècle, aux années 1780 et 1781.


Dans la séance capitulaire du 9 décembre 1775, M. de Crouzet, alors doyen du Chapitre de Saint-Félix, avait insisté sur la nécessité urgente d'un instrument de ce genre. Un orgue avait autrefois existé dans notre Collégiale et, par une délibération du 16 avril 1678, le Chapitre avait décidé de vendre la fonte ou étain du vieil instrument pour en affecter le produit à l'achat de quelques bréviaires pour le chœur.

 

Après bien des hésitations dues à des difficultés d'ordre financier, c'est enfin le 31 juillet 1779 que le Chapitre décida irrévocablement de faire construire l'orgue actuel. Or, l'Archevêque venait, bien opportunément, de faire une visite à la Collégiale et avait constaté avec peine l'état de délabrement de l'église il avait demandé, comme réparation à envisager de toute urgence, la construction d'un nouveau plafond. La Communauté (la Municipalité de l'époque) avait favorablement accueilli cette demande et s'était engagée à faire le nécessaire.

Video de l'intérieur de l'Eglise et des grandes Orgues

 

M. de Purpan, sacristain - nous dirions aujourd'hui curé - et M. de Reyner de Camboyer, syndic, ayant reçu tous pouvoirs du Chapitre, se renseignèrent sur les meilleurs facteurs d'orgues. De tous les devis fournis, celui de M. Rabiny fut retenu. M. Rabiny s'engageait à faire l'orgue pour le prix de 11 000 livres avec comme avantages différents termes pour le paiement et promesse de finir et parfaire son ouvrage dans l'espace de 18 mois.
Le 10 mai 1781 M. de Reyner déclara que le moment était venu de faire le choix d'un organiste. C'est Monsieur Isidore Séries, déjà organiste à Montréal qui fut retenu aux appointements de 550 livres. Finalement le 19 septembre 1781 les travaux furent terminés et "tout le monde fut satisfait et enthousiasmé."
Le constructeur d'orgues Grégoire Rabiny n'a édifié que peu d'orgues en France : 3 instruments seulement porteraient sa signature et le plus important d'entre eux est celui de Saint-Félix Lauragais.

 

Il comprend 38 jeux de l'époque classique, 3 claviers manuels et 1 pédalier. Le plus beau jeu est un cornet de 5 rangées à la sonorité exceptionnelle. Il possède aussi un plein jeu de 9 rangs et le positif, un autre plein jeu de 7 rangs permettant d'obtenir une puissance et une coloration irremplaçables.
Restaurations subies par l'instrument depuis sa construction :
- au cours du XIXème siècle par le facteur Maucourt.
- vers les années 1930 par le facteur Puget et enfin de 1990 à 1992 par Pierre Vialle de La Romieu (Gers).
L'orgue a été classé monument historique le 24 mars 1967.

 

LE CHATEAU DE SAINT-FELIX.

 

 

 

Situé à l'extrémité orientale du village, face à la Montagne Noire, l'antique château de Saint-Félix domine, depuis plus de sept siècles de sa masse imposante le bord du plateau Lauragais et se rattache à une série de constructions castellaires : Montgey, Les Cassès (aujourd'hui détruit), Saint-Paulet, Montmaur, Montferrand.

 

Le découronnement de ses tours, maintenant au même niveau que les autres bâtiments lui confère un aspect massif et trapu. Il apparait comme un quadrilatère irrégulier légèrement trapézoïdal (61 m à l'est, 57 m à l'ouest, 34 m au nord et 36 m au sud). Le plan est délimité par toute une série de bâtiments d'époques diverses : château féodal très tôt devenu château de résidence.

 


 

L'histoire du château de Saint-Félix est celle de la plupart des châteaux : sur un vieux donjon médiéval se sont greffés, à diverses époques, plusieurs bâtiments agrandissant le château et en modifiant l'organisation. Aucune source manuscrite ne parle du château lui-même avant le XIVème siècle. Il faut attendre l'année 1321 pour que celui-ci soit cité, lorsque le roi de France, Philippe V le Long (le 2ème fils de Philippe le Bel) cède la seigneurie de Saint-Félix à Pierre Duèze (ou d'Euze), le frère du pape d'Avignon Jean XXII (originaire de Cahors).

Donc, de quelle époque date le château que nous connaissons ?

 

C'est au XIème et XIIème siècles que sont mentionnés les premiers seigneurs de Saint-Félix : Guillaume de Saint-Félix en 1302, Guillaume Jourdain en 1139, Raymond de Castlar en 1144.

 

En 1150 on parle d'un certain Guillaume de Saint-Félix dont le château figure comme l'un des premiers fiefs du Pays Toulousain.
L'ensemble du château de Saint-Félix est construit en pierres : murs (dont l'épaisseur varie de 1,10 m à 2,80 m) et voûtes (il y en a cinq). Seule exception "le mur de brique" de la cour-partie du mur de l'aile nord, fait de rapiècements en briques dans un entourage de pierres. Les toitures sont en ardoise pour le bâtiment principal, soit en tuiles à canal pour les ailes nord et sud, ainsi que les 2 tours.
Donjon et chapelle furent vraisemblablement les deux premiers éléments du château. Situé à l'angle nord-est, le donjon est du type des grands donjons du sud-ouest et du midi de la France. Il se dressait à une hauteur de 54 m et on ne sait à quelle époque il a été découronné (Richelieu ou la Révolution... ? voir chapitre sur les Seigneurs de Saint-Félix ...).

 

LA COMMANDERIE :

 

Inscrite aux Monuments historiques, la Commanderie est une demeure privée habitée par ses propriétaires. Elle date du XIIIème siècle et c'est probablement la plus ancienne demeure de Saint-Félix.

 

Au début du XIVème siècle elle abrite le Chapitre Collégial (composé de 12 chanoines et 1 doyen) créé par le pape Jean XXII d'où le nom de "Logis Collégial" sous lequel elle est citée dans les guides touristiques.

 

Sa façade sud porte un boulet en pierre qui commémore le siège de Saint-Félix par l'armée protestante de Condé et Coligny en 1570.
La restauration réalisée en 1970 vaut à son propriétaire la récompense du prix de "la Tour d'Or" des Chefs d'Œuvres en péril.

 

Outre la très belle cour carrée Renaissance, la Commanderie possède une grande salle voûtée à l'acoustique remarquable pour l'organisation de concerts.
Cette demeure historique est également connue sous l'appellation de Maison de Saint-Valentin en mémoire de la fameuse journée du 14 février 1570 où une brèche fut ouverte dans ses murs par les boulets de l'armée protestante. Autrefois une procession partant de la collégiale se rendait devant cette demeure tous les 14 février en commémoration de cet événement que nous développons par ailleurs à propos des guerres de religions.


PLACE GUILLAUME DE NOGARET :

 

 

la halle et la tour.

Au centre de la bastide, la halle fut construite au XIIIème siècle. En 1557, la maison commune avait été édifiée au-dessus de la halle et on y accédait par la tour qui renferme un bel escalier en pierre. Celle-ci a été élevée pour commémorer l'érection de Saint-Félix en baronnie par le roi Henri II (la date de la fondation est gravée sur le frontispice de la porte d'entrée avec les armoiries de la ville).
En 1793, l'ensemble menaçait ruine. Une délibération du Conseil Municipal du 7 mai 1860 émet le vœu de la reconstruction de la Mairie sur la halle mais cela ne se réalise pas.

 

En 1863, la statue de la Vierge est placée en haut de la tour : avec une plaque commémorative portant l'inscription :

 

POSUERUNT ME CUSTODEM HUJUS CIVITATIS
MDCCCLXIII

"Ils m'ont établie gardienne de cette cité".

 

SAINT-FELIX, AUJOURD'HUI.

 

Au terme de notre parcours à travers l'histoire de notre village arrêtons-nous en 1991, à l'aube de l'Europe, pour glaner, au cours de ce XXe siècle finissant, quelques chiffres, témoignage du monde économique, que le lecteur pourra méditer.
Le dernier recensement réalisé en 1990 a dénombré 1181 habitants. En 1900, il y en avait 2049, l'on trouvait dans notre village 5 épiceries, 4 cafés dont 2 hôtels-restaurants, 2 docteurs, 1 pharmacien, 1 notaire, 1 percepteur, 2 écoles laïques, 2 écoles libres, 4 ou 5 couturières, 3 tailleurs, 4 charpentiers menuisiers, 3 forgerons, 2 charrons, 1 serrurier, 3 boulangers, 1 pâtissier, 3 bouchers, 1 horloger...
Les ailes du dernier des 5 moulins à vent se sont arrêtées peu avant la guerre de 39-45.

 

Notre commune étant essentiellement agricole penchons-nous maintenant sur des chiffres évocateurs du bouleversement qu'ont connu nos exploitations.

En 1953, la répartition des cultures était la suivante :


Blé (rendement moyen = 20 Q/I la) - 992 Ha
Maïs -  625 Ha
Prairies artificielles - 1525 Ha
Bois -  117 Ha
Vignes -  278 Ha

 

Quant au cheptel, quel changement !
"Toujours en 1953, on comptait 618 bœufs de travail, 536 vaches de travail et seulement 28 tracteurs. On comptait 39 vaches laitières, 392 truies, 7 chevaux et 12 mulets...

 

A la gare, un train de voyageurs s'arrêtait toutes les 2 heures. La première voiture automobile apparut à Saint-Félix au début du siècle et était la propriété du docteur de Lastens.

Elle fonctionnait à la vapeur, contenait une comporte d'eau et exigeait au moins une heure de préparation avant son départ... ce qui ne la dispensait pas de tomber en panne au bas d'une côte. On avait alors recours à un âne pour la remonter au village...

 

Le premier avion, on disait aéroplane, aurait survolé Saint-Félix vers 1908 avec, à ses commandes, le fameux Jules Védrines.

 

Et depuis, que de chemin parcouru : les trains, la vapeur, les meuniers et leurs ânes ont disparu mais plus de 3000 véhicules traversent chaque jour notre village. Quant aux avions et autres objets volants identifiés ou non...
La fée électricité est arrivée au village en 1911 mais l'électrification de la commune n'a été terminée qu'en 1938.

 

Quant à l'eau, bien précieux entre tous, ce n'est qu'en 1970 que toutes nos fermes ont enfin reçu celle de la Montagne Noire.
Et l'évolution a continué.

 

Le site touristique de Lenclas a été créé en 1975. Après que le remembrement des années 1970 ait fait table rase de la poésie des haies et des ruisseaux.

 

 

 

ANIMATIONS EN PAYS DE COCAGNE.

 

Notre Cocagne va fêter en 1993 son vingtième anniversaire. Dotée, grâce au travail des couturières bénévoles, d'un .... vestiaire de plus de 600 costumes, cette Fête-Foire à thème historique a choisi tour à tour comme argument :
-     Nicetas, pape cathare et le concile de 1167 (Moyen-Age). - Le Pays de Cocagne et l'épopée du Pastel (Renaissance).
-     Le siècle de Rabelais et I lenri IV ou le bien-manger et le bien-boire en Lauragais.
-     1492: découverte du Nouveau Monde et avènement d'un monde nouveau.
-     Le ler Empire à Saint-Félix : arrivée des troupes anglaises du duc de Wellington.
-     La Révolution Française : Saint-Félix devient Bellevue le temps d'une Révolution.
-     La Belle Epoque : Déodat de Séverac et la Lyre du Vent d'Autan.
-     1925 et les Années Folles.

•          Depuis l'année 1988 le Festival Déodat de Séverac propose concerts et pièces de théâtre.
•          Les journées de Cinéma amateur 9,5 mm animent les derniers jours de juillet.
•          Le Syndicat d'Initiative propose diverses expositions pendant la saison touristique.
•          Le Marché des potiers se tient le dernier week-end de septembre.

 

ENVOI.

 

Ici s'arrête l'histoire de Saint-Félix. Mais son charme perdure. Venez, en toute saison, choisissez le beau temps tout de même ; ici, ce n'est pas très difficile. Promenez-vous autour du château, regardez ce paysage si vaste qu'il vous fait le regard d'un oiseau.
Au nord, vingt villages, puis la plaine de Revel que domine la Montagne Noire. Au sud, quand souffle l'Autan, la chaîne des Pyrénées, si lumineuse, si proche qu'on croirait la toucher. Et par-dessus tout le grand ciel, le vent qui vous tire par les joues.

« Et les coteaux saurs ou s'endort la lumière. »

 

APPENDICE ET PIECES JUSTIFICATIVES.

 

I. LISTE DES LIEUX ARCHÉOLOGIQUES DE SAINT-FÉLIX
Les Peyrouses (romain)
Saint-André de Roubignol (Moyen-Age)
Saint-Etienne de Choples (Moyen-Age)
Mayreville (Moyen-Age)
En Brignoulet (romain)
Saint Prim de Cadenac (Moyen-Age)
Gastepeau (néolithique)
Saint Caprazy (Moyen-Age)
Saint-Germain de l'Embernadas (Moyen-Age)
En Clauzelle (gallo-romain)
Graissens (gallo-romain)
En Cry (gaulois)
Combalasse (romain)
Les Clausades (romain)
La Moulière (gallo romain)
Le Truilhé (gallo romain)
Lemmercier (gallo romain)
La Grange (gallo romain)
ruisseau Lessieure (Moyen-Age).

 

II. REPERTOIRE DES MONUMENTS CLASSES.

Monument historique classé :
- l'Église (arrêté du 8 juin 1920).

Monuments historiques inscrits :
- Croix de fer forgé, sur la place (31.1.1927).
- Halles (9.11.1926).
- Façade du presbytère (31.1.1927).
- Restes des remparts (31.1.1927).
- Maison à côté du presbytère (11.4.1950).
- Maison natale de Déodat de Séverac (17.9.1990).

Sites inscrits :
- Bosquet de cyprès et de cèdres des "Fourches" (31.12.1942).
- Chapelle St-Roch, cimetière et abords (31.12.1942).
- Château, anciens remparts, promenade publique et abords (25.2.1943).
- Butte des «  Trois Moulins » (4.2.1943).
- Ensemble formé par la place centrale, les maisons qui l'entourent, les maisons bordant au sud la rue Déodat de Séverac, depuis la maison natale du compositeur jusqu'à la Collégiale (4.3.1943).

Objets classés dans l'église :
- Scènes de la vie de Sainte Thérèse par Despax (4.11.1908).
- Cloche de bronze 1523 (19.3.1943).
- Cloche de bronze 1760 (19.3.1943).
- Buffet d'orgue, bois en partie doré XVIIIe, et la tribune de pierre (5.7.1943).
- Chasuble noire, brodée de fils d'argent XIXe (5.11.1953).
- Partie instrumentale de l'orgue (24.3.1967).

 

III. POIDS ET MESURES EN USAGE A SAINT-FELIX SOUS L'ANCIEN REGIME.

Mesures de longueur : canne de Toulouse : 1,7961 m.
empan de Toulouse : 0,2245 m.
pouce de Toulouse : 0,0281 m.
ligne de Toulouse : 0,0035 m.
point de Toulouse : 0,0004 m.

Mesures de surface : canne carrée :3,2259432 m2.
Mesures de volume : canne cube : 5,794 087946 m3.

Mesures agraires
arpent de Toulouse : 56,9033 ares.
pugnère : 14,2258 ares.
boisseau : 1,7782 ares.
perche carrée : 0,0988 ares.

Mesures de capacité pour les grains :
sac de Revel : 102,585 l.
cartière : 25,647 l.
mégère : 17,09 l..
coup : 6,412 l.

Mesures de capacité pour les liquides :
tiercerolle : 230 l.
velte : 7,667 l.

Mesure de capacité pour l'huile :
livre : 0,55 l.

Mesure pour le bois :
cercle de Revel : 1 m3.

 


BIBLIOGRAPHIE.

 

Besse Guillaume : Histoire et antiquité des Comtes de Carcassonne. Carcassonne 1928.
Cahours d'Aspry : Déodat de Séverac, musicien du Midi. Narbonne 1990.
Carlier M. H. : Chevalier Gil : Le vent d'autan raconte Toulouse. Toulouse 1985.
Chaudru : Monographie sur Saint-Félix. Toulouse 1885.
Delfau G. : L'Autan vent fou. Toulouse 1986.
Domergue A.: Météorologie de la Haute-Garonne. Toulouse 1839.
Duvernoy : Histoire des Cathares. Toulouse 1979.
Malary S.: Le canton de Revel de l'antiquité à la fin du moyen-âge. Toulouse 1990.
Morère G. B.: Histoire de Saint-Félix de Caraman. Toulouse 1899.
Morère G. B. : Saint-Félix de Gérone. Toulouse 1901.
Nelli René : Le Musée du Catharisme. Toulouse 1966.
Roques Hubert : Saint-Félix de origines à nos jours. Carcassonne 1954.
Ruffino Patrice : L'épopée historique du pastel. Magrin 1982.

Ouvrages collectifs :
Le Château de Saint-Félix et son environnement. Toulouse 1985.
Du Lauragais à la Montagne Noire. S.I. Revel 1972.
Périodique :        Vie Communale. Saint-Félix, années 70.

avec en particulier :
Flic Brignol : mémoires d'un vieux Saint-Félicien.
Abbé Giordano : recherches historiques sur Saint-Félix.


Achevé d'imprimer par l'imprimerie Douladoure, Maître-Imprimeur-Conseil, à Balma / Toulouse, chemin des Arènes, au cours du mois d'avril 1992,
Dépôt légal, deuxième trimestre 1992.

Additif  bibliographie Château de Saint Félix Lauragais

Napoleone (Anne-Laure) et Séraphin (Gilles), « Le château médiéval de Saint-Félix-Lauragais », [Art.], CAF 1996, p.115-137. 20 ill.G. Ahlsell de Toulza, « Château de Saint Félix Lauragais », dans châteaux en Haute Garonne, p.10-13, éd. Daniel Briand, Toulouse, s.d. (1995)
Y. Carbonell-Lamothe, « Le château de Saint Félix Lauragais » dans Les actes du 54e congrès de la Fédération historique du Languedoc et du Roussillon et du 36e Congrès des Fédérations des Sociétés Académiques et Savantes de Languedoc-Pyrénées-Gascogne, Montpellier, 1983, p.177-188
V. Haurit, « Le château de Saint Félix Lauragais », mémoire de Maitrise sous la direction de Y. Bruand et de Mme Carbonell-Lamothe, Université de Toulouse le Mirail, 1982.
P. Laverdure, « les vicissitudes du château de 1940 à 1974 », bulletin de l’Association des Amis du château de Saint Félix Lauragais, n°8, 1980

J. Mesqui, « Châteaux et enceintes de la France médiévale » Paris, 1993, tome II, p.333-338
Abbé G. Morère, Histoire de Saint Félix Caraman, Baronnie des Etats du Languedoc, première ville maitresse du diocèse de Toulouse », Toulouse, 1899
G. Chevalier et H. Roques, « Saint Félix Lauragais », éd. Comité de la Cocagne, 1992

 

(1)  Altitudes :
- Le village est situé à 339 m.
- Le point le plus haut de la commune : 340 m aux Fourches.
- Le point le plus bas : 290 m au Roudié.

(2)  "Le canton de Revel en Lauragais, de l'antiquité à la fin du Moyen-âge" par Sylvie Malary.

3- Nota : On n'a aucune certitude quant au lieu exact de la maison natale de Guillaume de Nogaret dont le nom a été donné à la principale place du village. La tradition orale voudrait que cette maison soit l'ancienne boulangerie située rue Déodat de Séverac et face à la Commanderie.

(4) Lors de sa venue en Lauragais, Louis XIII  et son équipage eurent "la bonne fortune" de s'embourber quelque part entre Saint-Félix et Avignonet. La déconvenue du roi nous valut la construction de la route D 43 dénommée depuis "Chemin du Roy".

(5) Patrice Rufino : visite du Musée du Château de Magrin. Cf bibliographie.

(6) En occitan le "régent" désignait encore il n'y a pas si longtemps l'instituteur, l'enseignant.

(7) Nota : le débit annuel de La Rigole est de 18 Millions de m3.

(8) En 1924, la commune de Saint-Félix rendit un hommage solennel à ce chantre inspiré de notre Lauragais et, depuis cette date, dans le jardin public, au pied des antiques remparts, son buste regarde toujours la silhouette légère du Canigou.

(9)  albergue : impôt prélevé sous l'ancien régime par le propriétaire (ou seigneur). censives : de cens, qui était la redevance payée par le roturier à son seigneur.
lods : redevance que le seigneur percerait sur le prix des héritages vendus.
setier: ancienne mesure de capacité. CF appendice.

(10) Collégiale :église d'un Collège - encore appelé Chapitre - qui désigne une communauté de prêtres et simples clercs, chargée de chanter l'office du bréviaire assurant ainsi la prière publique et officielle de l'église.

 (11) et aggravé les rigueurs du climat (sécheresse, vent et érosion), des haies brise-vent apparaissent à nouveau dans notre paysage avec les lacs collinaires et l'irrigation. Cultures nouvelles, mise de terres en jachère : l'agriculture de notre Lauragais qui a tant évolué depuis 30 ans cherche sa voie.

(12)  Mécanisation, économie et course au rendement obligent.

 

 

 

RETOUR VISITE GUIDEE DE LA COLLEGIALE DE SAINT-FELIX
RETOUR SAINT FELIX "LES EGLISES DU CANTON DE REVEL" Saint-Felix de Lauragais par Marie Agnés Winter

RETOUR PASSAGE DE LA COLONNE ALLEMANDE AOUT 1944

LE CIMETIERRE DES ANGLAIS

 

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