Société d’ Histoire de Revel Saint-Ferréol                                        PARU DANS LES CAHIERS DE L’ HISTOIRE N° 14 - 2009 - pages 103-105

 

 

MONTEGUT : découverte de graffitis
datant de la Révolution Francaise

Dossier réalisé par Jean Paul CALVET,
Pierre ESPENON et M. et Mme Jean BLANC

RETOUR ACCUEIL

Cliquez sur la vignette pour agrandir

 

  Lors de travaux de rénovation dans la rue du Forgeron (maison « A l’or et du bois » ) à Montégut, les propriétaires (Jean et Sophie Blanc) ont eu la surprise de découvrir derrière des plâtres, des graffitis datant de la Révolution. Particulièrement sensibilisés à la protection du patrimoine, ils nous ont prévenus pour effectuer un relevé photos et une étude des principaux textes lisibles.

 

LES GRAFFITIS

 

On peut lire le nom de plusieurs personnes (Perier Paul et d’autres) , des chiffres gravés dans le plâtre ainsi que des inscriptions illisibles. Dans le renfoncement de la fenêtre sur le tableau gauche, une inscription explique ce qui s’est passé dans cette maison il y a plus de deux siècles (voir photos) :

 

LES VOLONTAIRES

DE REVEL SONT PARTIS

D’ ICI LE 7 MARS 17 ..

POUR ALLER JOINDRE

LEUR BATAILLON A TOULOUZE …

BRE …. D …

 

Les deux derniers chiffres de la date étant effacés, nous avonsSIGNATURES

demandé à Pierre Espenon, auteur de l’ouvrage La Révolution dans le canton de Revel quelle était la signification de ce message, et si possible de le replacer dans le contexte politique de l’époque.

 

P. Espenon nous a déclaré :

« On avait envisagé 1792, mais cela ne peut pas être la bonne année, vu que la guerre n'est déclarée que le 20 avril et qu’il n’y a pas eu de volontaires en mars. Par contre, en 1793, la guerre tournant mal, la Convention décrète la levée en masse et nomme des représentants du peuple en mission qui se chargent de recruter des volontaires dans leur circonscription. En reprenant rapidement l'ouvrage que j'ai écrit, j'ai retrouvé des passages sur l'ambiance en mars 1793, après l'entrée en guerre de l'Espagne qui suscita une levée dans la région.

Guerre déclarée le 7 mars et dès le 22, le corps municipal de Revel se déclare dans l'embarras à cause de cette levée ; dans l'été suivant Saint-Julia signale que la commune ne peut plus fournir d'hommes pour porter les armes car on manque de bras pour les travaux agricoles.

Ces petits détails peuvent aider à comprendre le contexte de l'inscription et les autres graffitis. Quelle est donc cette maison de Montégut, qui pourrait avoir joué un rôle dans la dynamique du coin ? Il ne faut pas oublier que l'insurrection de l'an VII en août 1799 a connu ici des moments forts entre Saint-Félix et Auvezines. »

 

C’est donc au premier étage de cette maison de caractère, que les volontaires de la région ont été réunis… Peut être ont-ils rejoint l’armée des Pyrénées Orientales où se trouvait le capitaine revélois Fauré la Jonquière.

 

LE CADRE POLITIQUE

 

Extrait de « La Révolution dans le canton de Revel » par Pierre Espenon – (Anne Marie Denis éditeur – p.53-55)

 

« Le 20 avril 1792, la guerre est déclarée au roi de Bohême et de Hongrie, c'est-à-dire à l'Empereur d'Autriche François II qui a succédé à son frère joseph II ; la municipalité de Revel enregistre la réception du document officiel dans son registre de délibérations le 28 avril (il faut donc une bonne semaine pour qu'un acte officiel aille de Paris à Revel en transitant par Toulouse). Dès le début, il paraît évident que la guerre oppose la Révolution et les représentants étrangers de l'Ancien Régime ; donc si la France perd, la Révolution est vaincue avec elle, ce dont Louis XVI et son entourage sont parfaitement conscients ; c'est pourquoi le roi joue la carte de la défaite.MAISON

 

Le début de la guerre est catastrophique pour notre pays, mais, au lieu de s'abandonner dans les bras du roi, les sans-culottes le renversent et l'arrêtent ; son procès et surtout son exécution provoquent la formation d'une coalition européenne contre la France. C'est alors que le Sud du royaume (et donc notre canton en Lauragais) est directement concerné par le conflit, du fait de l'entrée en guerre de l'Espagne, le 7 mars 1793 ; la frontière pyrénéenne toute proche devient une zone d'opérations et Toulouse joue un rôle capital dans l'organisation de l'effort militaire.

 

La guerre, à cause de cet effort, modifie la vie des citoyens et on peut trouver, dans les délibérations et les échanges de correspondance des autorités, la mention d'une abondance de faits, de problèmes engendrés par les besoins urgents des armées ; on y trouve aussi des allusions à la situation militaire, des jugements sur la façon dont se comportent les armées et surtout leurs chefs.

 

Le 18 mars 1793, 11 jours après l'entrée en guerre de l'Espagne, un citoyen de Revel dénonce à la municipalité les propos d'un " défaitiste " ; le 13 juin de la même année, un autre citoyen de Revel, Jean-Marie Calès, député de la Haute-Garonne à la Convention, envoie une lettre sur les opérations militaires dans le Nord-Est du pays et il y dénonce le général Custine " qui va comme les écrevisses ".

 

La marque principale de la guerre dans les documents disponibles est celle des recrutements et des réquisitions ; parfois une commune élit un " soldat volontaire " demandé par le district ou le département :

 

par exemple à Saint-Julia, en septembre 1793, pour l'armée des Pyrénées Orientales le citoyen Bonnet fils cadet est proclamé soldat volontaire à la pluralité des suffrages. Le 23 vendémiaire an III (15 octobre 1794), les administrateurs du district écrivent à la municipalité de Revel :

 

" Citoyens, en vertu de l'arrêté de Chaudron--Roussau du 28 messidor (16 juillet) qui ordonnait la levée de tous les jeunes gens de 18 à 25 ans, lesquels se rendirent à Toulouse et en furent renvoyés jusqu'à nouvel ordre, aujourd'hui les mêmes nous sont demandés par Dugommier, général en chef de l'armée des Pyrénées Orientales, par conséquent vous voudrez bien faire rendre ce soir à l'administration les dénommés dans la liste ci-jointe.

Salut et fraternité. Signé : Devals- A.Calvet "

 

Suit une liste de 21 noms, certifiée véritable par l'administrateur du district.

 

Les municipalités se plaignent souvent que les levées en masse privent l'économie locale des bras indispensables pour les grands travaux des campagnes. Durant l'été 1793, Saint-Julia signale qu'il n'y a plus dans la commune un seul homme en état de porter les armes ; dès le 22 mars de la même année, le corps municipal de Revel s'était déclaré dans l'embarras du fait de la levée de 300 000 hommes décrétée par la Convention.

 

C'est cette même levée, associée aux troubles religieux, qui est d'ailleurs à l'origine de l'insurrection vendéenne.

A côté des levées de soldats, les besoins de la guerre multiplient les réquisitions de chevaux et de charrettes et surtout les réquisitions de fourrage et de grains auxquelles les habitants répondent avec pas mal de retard ; ce retard engendre des rappels à l'ordre souvent très secs des autorités et notamment de Vidalot, procureur syndic puis agent national du district, soumis lui-même à des pressions du département ou directement des armées.

 

Il est prévu des sanctions pour les contrevenants et ainsi, le 29 mars 1794, Vidalot envoie deux dragons en garnison chez des bouviers récalcitrants de Saint-Julia qui devaient fournir deux charrettes pour l'Armée des Pyrénées-Orientales ; un siècle après Louis XIV la méthode des dragonnades est toujours jugée efficace (16)! Revel étant chef-lieu de district, les produits réquisitionnés y sont stockés un certain temps ; les fourrages sont entassés sous la halle centrale qui constitue, par la surface couverte, une grange idéale.

 

Le garde-magasin des fourrages, Bousquet, entretient la liaison entre l'armée des Pyrénées-Orientales et les autorités du district et de la commune ; il sait lui aussi se faire pressant sur les municipalités dans certaines circonstances : le 21 messidor an III ( 9 juillet 1795 ), il signale à l'administration du district l'état alarmant des fourrages dans la division de Toulouse et envisage les conséquences des retards en écrivant " les armées espagnoles vaincront et viendront égorger nos enfants dans les berceaux ".

 

 

ACCUEIL