Société d’ Histoire de Revel Saint-Ferréol                                      LES CAHIERS DE L’ HISTOIRE - 1998 N°4

 

 

VAUDREUIL

par Paul redon

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UN ARTICLE SUR :LA COMTESSE WALSH DE SERRANT :
LOUISE ELISABETH CHARLES MARIE DE RIGAUD DE VAUDREUIL (1770-1831)

 

 

A sa création en 1342 le consulat de Revel comptait dans son emprise les terres de l'ancienne seigneurie de Vaure dont les tenants s'étaient dispersés sans doute au moment de la Croisade des Albigeois.

Au sud et à l'est elles confrontaient celles de la seigneurie de Vaudreuille (ou Vaudreuil), tenue par la famille de Rigaud (le village de Vaudreuille faisait même partie du Consulat).

Cette maison était très ancienne.

Elle s'était probablement implantée dans notre région au temps des Carolingiens.

Les Rigaud n'ont jamais été les seigneurs de Revel mais de tout temps , ils auraient bien voulu compter notre ville dans leur dépendance. Leur histoire interfère à tout moment avec celle de Revel et il a paru légitime d'en retracer les grandes lignes et d'évoquer la mémoire de ces nobles seigneurs du Lauragais.

blason

Blason crée par Monsieur Noé Batigne

  « d’argent à un lion de gueules,
couronné, langué et armé de même »

 

Les Rigaud ont d'abord été les seigneurs de Labécède.

Un Guilhaume de Rigaud de Labécède est compté comme vassal du vicomte Roger II Trencavel dans des actes de 1150-1170.

En fait la généalogie n'est bien connue qu'à partir du XIIIe siècle.

Elle est donnée dans le tableau joint en annexe.

Au Ier degré nous trouvons Pierre de Rigaud, seigneur de Labécède en 1250 mais nous ne connaissons pas du tout quel fut son sort pendant l'époque cathare.

Son fils Pierre est le premier seigneur de Vaudreuille.

chapelle

Eglise ruinée de Saint Martin de Vaudreuilhe (elle est attenante à celle qui servait de tombeau à la famille de Rigaud de Vaudreuil
(crédit Photo M. Noé Batigne et JCP)

Les descendants mettent tout leur soin à s'enrichir, c'est-à-dire pour des féodaux à agrandir leur domaine territorial par des héritages et des mariages.

L'apogée féodale est atteinte sous Alzias de Rigaud mort en 1435, qui possède en tout ou partie vingt seigneuries.

Ses descendants ont tous une nombreuse famille (le petit fils Vital est père de quinze enfants).

Le magnifique domaine va se disloquer petit à petit et les Rigaud rentrent dans l'obscurité de la noblesse provinciale.

Pendant les guerres de Religion Charles de Rigaud prendra la tête du parti catholique de Revel ; il sera tué en mai 1580 dans un combat devant Soréze.

Sous Louis XIV les Rigaud vont servir dans les armées du Roi et c'est ainsi que Philippe de Rigaud, né au château ancestral en 1643, qui sera le plus illustre enfant de la famille entre aux Mousquetaires, où il servira pendant quinze ans avant de partir pour le Canada (1687).

Philippe de Rigaud, chevalier de Vaudreuil (il sera marquis à la mort de son frère ainé Arnaud en 1710) débarque au Canada au début de 1687 il est capitaine.

chateau Chateau ancestral de Rigaud
XIII° - XVI°
Philippe Rigaud de Vaudreuil

CHATEAU

Le chateau sur sa colline

CHATEAU DE VAUDREUIL

Seize ans après il sera gouverneur général pour Sa Majesté en Canada.

Sa bravoure et son habileté dans les nombreuses campagnes contre les Iroquois, alliés des Anglais, l'ont fait distinguer et conduit au poste suprême.

Mais depuis 1701, les hostilités ont repris entre la France et l'Angleterre : c'est la guerre de Succession d'Espagne, qui va épuiser notre pays. Philippe déploiera des trésors de diplomatie pour maintenir les Indiens dans l'alliance française et épargner à la colonie les affres de la guerre. Deux tentatives anglaises tourneront court.

La paix revient en 1713 mais Louis XIV pour conserver la couronne d'Espagne à son petit-fils fait d'importantes concessions aux Anglais. Philippe de Vaudreuil dans la douleur doit céder Terre-Neuve, l'Acadie et la Baie d'Hudson.

La colonie vivra en paix jusqu'en 1740 et connaîtra alors une réelle prospérité en dépit de nombreux problèmes avec les Indiens attirés par le commerce anglais.

Pour compenser les pertes de 1713, Philippe entreprend alors une politique audacieuse d'expansion ver l'Ouest, dans la région des Grands Lacs et la vallée supérieure du Mississipi. Le réseau de postes militaires et commerciaux, ainsi établi atteint le pays des Illinois où sont déjà présents les Français montés de la Nouvelle-Orléans.

La Louisiane est ainsi reliée à la Nouvelle-France et forme un ensemble fragile certes, mais continu du Golfe du Mexique au Saint-Laurent.

Philippe de Vaudreuil mourra à Québec le 10 octobre 1725

ORDRE DE SAINT LOUIS

Croix de l'ordre de Saint Louis

Le peuple de la Nouvelle-France pleura son gouverneur qu'il avait aimé et respecté.

Dans les Annales des Sœurs Ursulines nous pouvons lire en effet : "c'est avec justice que nous l'avons pleuré, car sous sa vigilante administration, le Canada a joui d'une prospérité alors inconnue. Pendant vingt-deux ans le cultivateur, le commerçant, le militaire n'ont eu également qu'à louer son nom".

Son corps fut inhumé dans la chapelle des Récollets et deux ans plus tard on envoya son cœur en France, afin de l'enterrer au cimetière de Vaudreuille, auprès de ses aïeux.

 

 

Philippe de Vaudreuil restait très attaché en effet à sa seigneurie familiale en Lauragais.

Parvenu à de hautes fonctions dans le royaume, il voulut régler définitivement la querelle plusieurs fois séculaire que sa famille entretenait avec Revel.

Il assigna les consuls récalcitrants devant le parlement de Toulouse, leur reprochant de grever sa seigneurie d'impôts communaux exagérés.

Pour être en meilleure posture dans cette dispute, Philippe acheta au Roi en 1710 la charge, honorifique, de gouverneur de Revel pour la somme de 10 000 livres.

Cette affaire très compliquée se termina en 1724 par une transaction.
C'est son fils Louis-Philippe, marquis de Vaudreuil, né en 1724 à Rochefort, qui reprend le flambeau de la famille. Marin dès l'âge de 16 ans, il participera à toutes les guerres de Louis XV.

 

 

Les documents relatifs à ce procès, conservés aux Archives municipales sont exposés (pièces F F 3/3).

 

Philippe de Vaudreuil était père de douze enfants dont six fils vivants.

Tous les six servirent le Roi dans l'Armée et la Marine. Le plus brillant mais aussi le plus malheureux fut le quatrième Pierre qui pour se différencier de ses frères, prit le nom de Rigaud-Cavagnal (Cabanial) et hérita du marquisat.

Pierre de Rigaud de Cavagnal, marquis de Vaudreuil est né à Québec en 1698.

A 13 ans il est lieutenant des troupes de marine et sert au Canada jusqu'en 1742.

Bénéficiant largement de la réputation de son père, le ministre de la marine Maurepas pense alors à lui pour le poste de gouverneur de la Louisiane. Il y restera jusqu'en 1755.

La Louisiane n'avait d'abord été établie que pour des raisons politiques et militaires, pour freiner l'expansion vers l'ouest des Anglo-Américains.

Tout en se préservant de la menace anglaise, la guerre s'est rallumée en 1740, Pierre de Cavagnal se consacrera avec passion à sa Louisiane.

La plus grande réussite, d'après ses biographes canadiens, est sa contribution à l'établissement pour la première fois dans l'histoire de cette colonie d'une relative prospérité par le développement de l'agriculture, notamment de l'indigo, et du commerce avec les colonies espagnoles de Cuba et du Mexique.

Et c'est grâce à ces heureux résultats, et toujours servi par la légende de son père, que le Roi lui confie le ler janvier 1755 le gouvernement de la Nouvelle-France.

 

En réalité cette promotion est une lourde responsabilité car le cabinet anglais ne fait plus mystère de son intention de conquérir le Canada.

Pierre de Cavagnal de Vaudreuil se rend compte de la faiblesse de la colonie qui n'est peuplée que de 60 000 habitants alors que les treize colonies anglaises en ont plus d'un million.

La guerre éclate un an après.

C'est la guerre de Sept ans qui sera funeste à la France, sur tous les théâtres d'opérations.

Malgré les victoires des chefs militaires prestigieux Montcalm et Lévis, Pierre ne pourra résister à l'invasion de la colonie par trois armées anglaises.

Le ministre Maurepas à qui il demande des renforts lui fait la réponse demeurée fameuse : "Quand le feu est au château, on ne s'occupe pas des écuries".

Le 18 septembre 1759 Québec assiégée capitule (au cours du siège Montcalm est tué).

Vaudreuil capitule à son tour à Montréal, capitulation qui est valable pour l'ensemble de la colonie le 7 septembre 1760 après un dernier combat livré pour l'honneur par le Chevalier de Lévis.

Pierre de Vaudreuil est rapatrié aux termes de la capitulation, mais à son arrivée en France il doit rendre des comptes pour la perte du Canada.

Il est conduit à la Bastille et doit subir un très long procès jusqu'en 1763. Mais justice lui sera rendue et il sera acquitté.

Il finira ses jours en 1778 à Paris et mourra sans postérité.

En 1763, année du traité de Paris par lequel Louis XV a du sacrifier ses "arpents de neige", est mort Louis-Philippe de Rigaud comte de Vaudreuil, frère aîné de Pierre.

Louis-Philippe de R. de V. né en 1691, entré dans la marine à sept ans, a servi toute sa vie dans la marine royale et combattu les Anglais dans l'Atlantique et la Méditerranée.

Lieutenant-général des armées navales en 1753 il terminera sa carrière comme commandant de la Marine à Rochefort.

 

 

 

 

 

Philippe de Rigaud de Vaudreuil


Philippe de Rigaud de Vaudreuil (né vers 1643 à Vaudreuilhe - mort à Québec le 10 octobre 1725) fut gouverneur de Montréal de 1698 à 1703, puis gouverneur de la Nouvelle France de 1703 à 1725. Il est le fils de Jean-Louis de Rigaud de Vaudreuil et de Marie de Castelverdun. Il serait né à Vaudreuille, en l'arrondissement de Carcassonne, évêché de Saint-Papoul, au Languedoc, près de Revel Saint-Ferréol et de Cabanial, dans l'actuel département de l'Aude.
Vaudreuil sert dans l'armée française en tant que mousquetaire de 1672 à 1687.
Ce fut probablement le mérite qu’il acquit lors de la guerre avec la Hollande qui lui valut, de mars 1687 à mai 1699, d'être commandant des troupes de la Marine Française en Nouvelle-France. En 1689, son manque d'expérience aggrave la crise causée par le massacre de Lachine.
Il sert en tant que gouverneur intérimaire de Montréal, de mai 1699 à mai 1703, puis gouverneur de la Nouvelle - France de mai 1703 à sa mort (par intérim jusqu'en septembre 1705, puis en titre).
Le 21 novembre 1690, il épouse Louise Élisabeth de Joybert de Soulanges, fille de Pierre de Joybert de Soulanges et de Marie-Françoise Chartier de Lotbinière, ce qui le lie à l'une des familles les plus puissantes de la colonie, les Chartier de Lotbinière. Suite à ses nombreux succès en tant que commandant, on lui décerne la croix de Saint-Louis. Le 28  novembre 1698, suite à la mort de Frontenac, il écrit au roi pour lui demander le poste de gouverneur de la Nouvelle-France: Louis-Hector de Callières le précède de peu et obtiendra le poste. Conséquemment, on le nomme gouverneur de Montréal. En 1701 est signée la Grande paix de Montréal, mettant fin aux conflits entre français et Iroquois.
Le 26  mai 1703, à la mort de Callières, Vaudreuil réécrit au roi pour lui demander le poste de gouverneur de la colonie, qu'il finit par obtenir. En 1709, les colonies de la Nouvelle-Angleterre se mobilisent et organisent une invasion de la Nouvelle-France, qui n'aboutira pas, les navires anglais n'ayant jamais quitté l'Angleterre. Cette même année, Louise Élisabeth retourne s'établir en France et y restera jusqu'en 1720. Le succès de Vaudreuil en tant que gouverneur lui est en partie dû, grâce aux pressions qu'elle fit à la Cour française.
Croix de l' ordre de Saint-Louis.
Deux ans plus tard, une seconde tentative d'invasion de la part des colonies anglaises doit à nouveau être avortée, suite au naufrage de huit des vaisseaux anglais dans le fleuve Saint-Laurent. De 1714 à 1716, Vaudreuil retourne en permission en France. Le 1er  septembre 1715, à la mort du roi Louis XIV, il élabore, en compagnie du Conseil de Marine qui gère désormais les colonies, une nouvelle stratégie d'expansion dans la colonie. En 1721, il est fait grand-croix de l' Ordre royal et militaire de Saint-Louis.
Redoutant une alliance des Iroquois avec les Anglais, Vaudreuil débute la construction de trois postes de traite de fourrure aux abords du lac Ontario, lui permettant de faire commerce avec les Iroquois avant qu'ils n'atteignent New York. Quatre ans plus tard, le gouverneur de New York y établit à son tour un poste de traite, à Oswego, en souhaitant renforcer le commerce avec les Indiens. Vaudreuil y voit une menace importante, et demande l'autorisation aux Iroquois pour la construction d'un fort en pierre à Niagara: advenant un refus, il estime une attaque des Anglais et des Iroquois inévitable afin de défendre l'empire français dans l'Ouest. Il mourut avant d'apprendre l'acceptation du projet, le 10  octobre 1725.
Sa descendance
L'aîné de ses fils, Louis-Philippe, devint lieutenant général des armées navales françaises et fut fait grand-croix de Saint-Louis en 1756. Jean, son troisième fils, rejoint le rang des mousquetaires en 1710. Il devint lieutenant général des armées du roi en 1748 et fut fait lui aussi grand-croix de Saint-Louis en 1755.
Son quatrième fils, Pierre de Rigaud de Vaudreuil, marquis de Vaudreuil-Cavagnial, fut le dernier gouverneur de la Nouvelle-France, de 1755 jusqu'à la reddition de Montréal en 1760.
Son petit-fils Louis-Philippe de Vaudreuil, fils de Louis-Philippe de Vaudreuil, né à Rochefort de son père québécois, servit le 26  septembre 1781 lors de la bataille de Yorktown, opposant George Washington, le colonel Armand Tuffin et Rochambeau au général anglais Cornwallis. Il ramènera en France l'expédition particulière de Rochambeau. Cette victoire décisive initiera la fin de la guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique. Correspondant de George Washington, c'est lui qui sur le Triomphant défendit Boston en 1782.

SOURCE ENCYCLOPEDIE WIKIPEDIA        http://fr.wikipedia.org

 

Sur les traces des Seigneurs Rigaud dE VAUDREUIL

CHEZ NOUS ET OUTRE ATLANTIQUE

 

 

 

               1  

  Chiens de traîneau au départ, devant la résidence du maire Edouard Martel, dans la rue Saint-Michel à Vaudreuil - crédit photo : Collection du Centre d'Histoire La Presqu'île

 

 

D’après l’article de Jacques BATIGNE paru sur Couleur Lauragais n°88 - Décembre 2006 / Janvier 2007

 

 

C’est dans notre ancienne colonie française aux XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles, que nous appelions la "Nouvelle France", le Canada (1) entre autres, où je vais vous entraîner en suivant les traces des familles de seigneurs : les Rigaud de Vaudreuil. Ces derniers ont leurs origines dans le charmant petit village de Vaudreuille , à deux pas de Revel Saint-Ferréol. Suite à un voyage que j’ai fait récemment, dans les anciens fiefs de Rigaud et de Vaudreuil (3) au Québec, un rapprochement est né entre ces deux communautés de part et d’autre de l’Atlantique Nord.




 

LA SEIGNEURIE DES RIGAUD DE VAUDREUIL

     
      Une étude faite par deux historiens du "Mouvement Culturel - Histoire locale - Vie et Information" de Villepinte dans l’Aude nous donne beaucoup de détails sur les origines de cette grande et illustre famille bien de chez nous. Ils nous disent avoir tiré ces renseignements de l’histoire générale du Languedoc de Dom Vaissette et de Dom Devic (Paris 1733). Résumons-là en quelques lignes.
             En 879, Louis II le Bègue (roi des Francs de 877 à 879), fils de Charles le Chauve (roi des Francs de 840 à 877) fit un vœu à Saint-Vincent de Castres et le fit exécuter par Froidain, évêque de Barcelone, qui porta le poids de 22 livres d’argent et le donna à l’abbé Rigaud, de la famille des "nobles Rigaud" (ex-familia nobilium Rigaldarum ou Rigaldus). Ce nom devint par la suite Rigaud (4) en l’année 890 au concile de Valence. Dans son "Armorial de France", Pierre d’Hozier, Seigneur de la garde, généalogiste français, né en 1592 à Marseille, compte onze générations dans la famille de Rigaud, avec de très nombreuses descendances.

 

LES SEIGNEURS DANS NOTRE REGION


           Raynal de Rigaud fut l’un des cinq barons que Bardin dans sa chronique, rapporte avoir été nommés pour tenir un Parlement à Carcassonne, en l’an 1283, Pierre de Rigaud, Seigneur de Labécède fit son testament en 1260, Noble Bertrand de Rigaud, fut nommé par acte du 5 décembre 1559, prieur ou curé de St Georges de Bescaud et de Berthemes au diocèse de St Papoul, sur présentation qui en avait été faite à l’évêque du lieu, par noble Gifard de Rigaud, patron du dit prieuré, Jean de Rigaud d’Aigrefeuille, Capitoul de Toulouse au XVème siècle, fut l’auteur d’une branche qui donna des "capitouls" (5) à cette ville. Nous retrouvons que des de Rigaud, possédaient indépendamment de la Seigneurie de Villemagne, le domaine des Causses, commune de Verdun-Lauragais en 1562. En 1560-1567, une dame de Rigaud assista la reine, épouse de Charles IX. En 1587, un seigneur de Rigaud, baron de Vaudreuille est gentilhomme de chambre d’Henri III. Ce serait cette branche cadette qui se serait perpétuée jusqu’à nos jours. Car il existe encore aujourd’hui dans notre proche région toulousaine et dans le Lauragais des nobles Rigaud de Vaudreuil.
            Parmi ces nombreux nobles, retrouvons la branche qui nous intéresse. La seigneurie de Vaudreuille fut portée en mariage en 1189, par Anna Adémar de Vaudreuil à Bernard de Rigaud. Les successeurs ont toujours porté le titre de Vaudreuil. Au milieu du XVème siècle, Alzias de Rigaud possédait en tout ou partie vingt seigneuries. En 1789 (année de la Révolution), son descendant Louis-Philippe de Rigaud, marquis de Vaudreuille, député de la Noblesse du Lauragais et aux Etats généraux, n’en possédait plus que trois.
             La seigneurie de Vaudreuille était alors dans la famille depuis 600 ans. Grâce, il est vrai à sa vaste étendue de montagnes incultes, c’était une des plus "grosse terre" du Lauragais : 1061 hectares (d’après la liste des biens d’émigrés).
Par ses alliances, ses hautes distinctions et son crédit à la Cour des Princes, cette famille devint l’une des plus renommées dans le Midi de la France. La famille de Rigaud a constamment servi le roi, plus près de nous, sous Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. Longtemps cette famille restera confinée dans la région et essaiera par son fief principal de Vaudreuille, de s’affranchir de la tutelle de Revel, provoquant ainsi de nombreux conflits avec les consuls de cette ville.

 

Les Rigaud de Vaudreuil s’illustrent Outre-Atlantique
2
 
          Ce ne sera qu’à partir des XVIIème et XVIIIème siècles, que cette famille s’illustrera brillamment dans la Marine Royale, l’administration des colonies d’Amérique du Nord (Louisiane, Canada, Saint-Domingue) et aussi pendant la Guerre d’Indépendance Américaine (1775-1782). Ainsi, Philippe de Rigaud, marquis de Vaudreuil, né à Vaudreuille le 13 août 1650, fut gouverneur général du Canada de 1703 à 1725. Pierre de Rigaud, marquis de Vaudreuil-Cavagnal (comprendre Cabanial, village à 15 km de Revel) né au Québec le 22 novembre 1698 (fils du précédent) fut gouverneur de la Louisiane de 1742 à 1752, puis gouverneur général du Canada de 1755 à 1760. Il y laissera un souvenir vivace. Il mit sur pied une politique bienfaisante pour le peuple. Son œuvre fut considérable. Seigneur élégant et superbe, indolent et heureux, on le surnommait le "Grand Marquis". François, Pierre de Rigaud, marquis de Rigaud, né à Montréal le 8 février 1703, fut gouverneur des trois rivières au Canada en 1749 et gouverneur de Montréal en 1757. Joseph-Hyacinte de Rigaud, comte de Vaudreuil, né à Québec le 21 juin 1706, fut gouverneur de la partie française de l’Ile de Saint-Domingue de 1753 à 1757.

 

 

 

 

Philippe de Rigaud, marquis de Vaudreuil - 1er gouverneur du Canada (1650 - 1725)
Crédit photo : Collection Noé Batigne

 

 

La conquEte du Canada

  
        La découverte de l’Amérique du Nord est attribuée au navigateur français Jacques Cartier, en 1534. En réalité, d’autres navigateurs espagnols, anglais... et marins pêcheurs basques, bretons et normands, seraient allés pêcher le long des côtes de Terre Neuve, bien avant… En 1534, le roi de France François Ier, décide de financer une première expédition de Jacques Cartier à qui il fixe comme but de découvrir un passage vers la Chine et l’Inde, afin de rapporter des métaux précieux, des épices... et de constituer un empire pour la France. Au cours de ce premier voyage, le navigateur explore un fleuve qu’il appelle le Saint-Laurent et prend officiellement possession de ce nouveau pays en plantant une croix portant trois fleurs de lys à Gaspé (6). Ce qui signifiait pour les navigateurs français qu’ils prenaient possession de ces terres au nom du roi de France. Les habitants de ces régions nordiques ne furent pas tout à fait d’accord ! S’en suivirent des années de guérillas avec ces autochtones indigènes, iroquois entre autres, mais qui finirent par tolérer leur présence. Point de richesse minérales sur le sol de la "Nouvelle France", mais la pêche et la traite des fourrures y suppléa.
            Les français eurent à affronter une puissance étrangère autre que ces nouveaux "indiens"... les anglais ! Au cours des siècles qui suivirent ce sont de véritables guerres que se livrèrent ces deux pays, sur terre et sur mer !
3
Ce n’est véritablement qu’avec l’arrivée de l’explorateur et géographe Samuel Champlain, qui fonde la ville de Québec (7) en 1608, qu’une présence française devient permanente en Amérique du Nord. Cette colonie royale, la "Nouvelle France" est gérée par et sur le modèle du royaume de France. Un système seigneurial y est appliqué, inspiré par celui de l’Etat français, mais adapté à ce nouveau pays : le Canada (8). L’Eglise va jouer un rôle primordial dans cette nouvelle colonie. Elle a pour mission de convertir le plus grand nombre possible "d’Amérindiens" et de les inciter à commencer de préférence avec les français. Le Clergé qui a en charge la tenue des registres d’Etat-Civil, l’enseignement et l’assistance sociale, reçoit une aide directe de l’Etat. L’Eglise règlemente tout ou presque. En 1663, Monseigneur de Laval (avec l’accord du roi) établit la "Dîme", qui impose à chaque colon de verser à l’église l’équivalent du dixième des récoltes faites sur sa terre, sous peine de poursuites devant les tribunaux. Le 17 mai 1642, une colonie missionnaire française, d’une cinquantaine de pionniers, menée par Paul Chomedey sieur de Maison-neuve, fonde la ville de Ville-Marie, qui deviendra rapidement Montréal en 1685. Elle devient très vite un pôle stratégique pour le négoce de la fourrure et une véritable base militaire pour les expéditions contre les colonies anglaises. Suite à la "Guerre de Sept Ans", qui sévit en Europe, la France signe le traité de Paris en 1763, cédant ses terres Canadiennes à l’Angleterre.

 Eglise St Michel de Vaudreuil
 - Crédit photo : collection Noé Batigne

 

 

Vaudreuil-Dorion au QuEbec

  
        C’est en banlieue de Montréal (9) que nous retrouvons l’ancienne seigneurie et la Ville de Vaudreuil-Dorion aujourd’hui. Elle est située au Sud de cette très grande métropole, en bordure de l’immense confluent de la rivière des Outaouais (10) et du fleuve Saint-Laurent. Celui-ci formant de nombreux lacs et îles sur la côte de Quinchien (10) qui fera l’envie de tous, car située sur la route richissime des fourrures et route stratégique militaire. Elle n’est reliée au nord à l’île de Montréal que par des ponts routiers et autoroutiers et du chemin de fer à quelques dizaines de kilomètres. De la seigneurie, il ne reste plus rien des bâtisses qui composaient ce vaste domaine seigneurial des Rigaud de Vaudreuil. Il avait été concédé à Philippe Rigaud, marquis 4de Vaudreuil en 1702, puis à ses fils par succession, Pierre et François-Pierre en 1725. A la suite de la conquête britannique, le domaine seigneurial est racheté par les frères Rigaud, en 1763, par leur cousin Michel-Chartier de Lotbinière, ingénieur royal de l’ancienne "Nouvelle France". Celui-ci reçoit du roi de France, le titre de marquis le 25 juin 1784. Cette seigneurie acquise par son fils Alain Chartier de Lotbinière en 1771 et léguée en 1829 à la fille de celui-ci, Louise-Josèphe, épouse de Robert Unwin Harwood. Cette famille Lotbinière-Harwood va détenir la seigneurie jusqu’à la fin du régime seigneurial en 1854, puis elle fut démolie en 1865. Michel-Chartier de Lotbinière, seigneur fut le bienfaiteur de l’Eglise paroissiale Saint-Michel de Vaudreuil, construite à partir de 1784. Monseigneur Briand, accepte alors que l’Archange St Michel soit le patron de la nouvelle paroisse, pour honorer le nom du seigneur. Des peintures ornent le coeur, décors peints en trompe l’oeil. De belles et grandes toiles y sont exposées, notamment la peinture de "Saint-Michel précipitant l’ange rebelle dans l’enfer", de Von Moll Berczy. Nous trouvons à Vaudreuil, quelques autres bâtiments patrimoniaux : le couvent des sœurs Sainte-Anne, le musée régional de Vaudreuil Soulanges (ancienne école), la maison Valois datant de 1796, la maison Trésler de 1798.

 

 "Saint-Michel précipitant l'ange rebelle dans l'enfer" de Von Moll Berczy
Crédit : Centre d'Histoire La Presqu'île

 

 

Vaudreuil-Dorion contemporain

           
  On peut aussi trouver la maison où habita de 1946 à 1966, Félix Leclerc et sa famille. Une célébrité du music-hall français, chansonnier, poète, compositeur et interprète, à la jeune époque de Charles Trenet. Un petit musée dédié à ce personnage très connu en France dans les années
51950-1960 vient d’être inauguré.
             D’après le livret, "Notes Historiques de Vaudreuil" écrit par le Chanoine Adhémar Jeannotte, les villages de Dorion et Vaudreuil, très proches, ont eu beaucoup de "querelles de clochers" au cours de leur histoire. Déjà en 1891, le village de Dorion devient une municipalité indépendante. Il note également qu’en 1910, ce même village entre au Conseil de Comté, ayant refusé d’en être depuis 1891. En 1924, Dorion devient une paroisse religieuse, malgré les protestations de Vaudreuil. En 1961, un projet de fusion est d’abord accepté puis échoue. Le Clergé, l’Eglise et les paroisses sont très influentes et impliquées dans la vie des villages et ce depuis la colonisation française. En 1963, une "fusion" se réalise entre la paroisse et le village (municipalité) de Vaudreuil. Elle s’appelle : ville. Et c’est en 1994, qu’une nouvelle fusion est établie entre Vaudreuil et Dorion. Aujourd’hui, une ville de plus de 22 000 habitants. Elle est située aux portes de Montréal sur l’axe : Québec-Montréal-Toronto. Plusieurs parcs industriels de prestige bordent déjà ses autoroutes et voies ferroviaires. Elle connaît un développement urbain fulgurant, par la qualité de vie exceptionnelle qu’elle offre. Un panorama des plus enchanteurs l’entoure, avec ses lacs et rivières. Une communauté de communes dans cette région du Suroît, porte le nom de "Municipalité Régionale de Comté de Vaudreuil-Soulanges". A découvrir ! Nos "cousins québécois" y sont très accueillants.

 

 

 La maison Valois acquise en 1972 par la ville de Dorion est classée "monument historique" depuis cette date ; Erigée par le Capitaine de Milice Joachim Genus en 1796, cédée en 1830 à Joseph Valois - Crédit photo : collection du Centre d'Histoire de la Presqu'île.

 

 

(1)     - Canada, ce toponyme étant d’origine iroquienne signifie "amas de petites cabanes"

(3)     - Deux villes distantes d’une quarantaine de kilomètres, dans la banlieue résidentielle de Montréal (Québec).

(4)     - Rigaud est un bourg situé aujourd’hui dans le département des Alpes-Maritimes.
      (5)  - Au XIIème siècle, la dynastie des comtes héréditaires de Toulouse, les Raymond, donnent à cette capitale de la Province du Languedoc, une de ses institutions les plus célèbres : "Les Capitouls". Il s’agit d’un chapitre d’administrateurs au nombre de 12 représentants élus par les corporations dès 1141, pour administrer la ville.

(6) - Nom du port où débarqua le navigateur au fond de la baie de Gaspé.
      (7) - Qui donna son nom à la province francophone du Canada.
      (8) - Autre version des origines du mot : Canada, elle viendrait du mot Kanata, employé par les indigènes pour désigner le pays où ils vivaient, en Iroquois : "là où j’habite".
      (9) - Aujourd’hui une métropole de plus de trois millions et demi d’habitants.
      (10) - Appellations Amérindienne.

 

 

Bibliographie


Une famille illustre : de Rigaud de Vaudreuil par le "Mouvement Culturel - Histoire locale - Vie et Information" à Villepinte (Aude).


Les cahiers de l’histoire de Revel, n°4, par Paul Redon et Bernard Velay.


Précis historique sur la maison de Vaudreuil, par Noé Batigne (avril 2000).


Un voyage au Québec chez nos cousins d’Amérique, par Marc Béluet (1996).


Une histoire du Québec, par Jacques Lacoursière (2004).


Sur la route de Vaudreuil, de Marcel Brouillard (1998).

 

 

UN ARTICLE SUR :LA COMTESSE WALSH DE SERRANT :
LOUISE ELISABETH CHARLES MARIE DE RIGAUD DE VAUDREUIL (1770-1831)

 

 

 

RETOUR VERS BASTIDE DE REVEL "DIFFICULTE AVEC VAUDREUILLE

 

ACCEUIL