Société d’ Histoire de Revel Saint-Ferréol                                       LES CAHIERS DE L’ HISTOIRE

 

 

LE MAQUIS DE LA MONTAGNE NOIRE - 1944

 

Par Jean Odol

 

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Je suis dans la forêt de Ramondens, seul, écoutant le silence et essayant de faire parler ces arbres centenaires qui ont vu passer des bombardiers allemands, en juillet 44, à 200 m d’altitude je glisse vers le Nord ; entre terre d’Aude, Revel, Mazamet et Saissac, sur la départementale 203, les forêts de Ramondens et de La Loubatière, des plateaux plantés de conifères et de hêtres énormes, des chemins forestiers encadrés de nombreuses rigoles où coule une eau glacée et, malgré le soleil, l’air y est vif.

 

 Après avoir été imprégné par la lumière tamisée et obscure du sous bois je découvre brusquement, jaillissant comme un éclair, une flamme de pierre blanche : le mémorial du corps franc de la Montagne Noire à Fonbruno(1). Isolé au coeur de la forêt immense, défiant le ciel et surmontant une crypte dans laquelle, dans la pénombre, des cercueils de pierre avec des noms, des croix catholiques, un symbole juif, un croissant musulman. Atmosphère étrange, un silence de marbre, froid.

 

 La vie renaît avec le soleil...


Puis, venant de nulle part, ou du ciel peut-être, des bruits étranges, puissants, des maquisards qui chantent "le chant du maquis", des rafales de mitrailleuses, des bombes éclatent lâchées par des Junkers 88. Nous sommes en juillet-août 1944...


Par les quelques lignes qui suivent, je souhaite rendre un vibrant hommage à Montpezat, aux officiers, aux gamins de 20 ans, à tous les combattants de l’ombre qui se sont dressés contre la barbarie nazie. Je donne fréquemment la parole au chef du maquis en utilisant son "journal de marche".

 

Le cadre gEographique


    Partie méridionale du Massif Central, la Montagne Noire domine de plusieurs centaines de mètres les plaines et les cuvettes qui l’enserrent ; la zone centrale s’élève progressivement de l’Ouest vers l’Est : Revel est à 220 mètres, les Cammazes à 600 m, la Régine 650, le Pic de Nore 1211 m.

Les rivières ont creusé des vallées profondément encaissées, de véritables gorges comme celles du Sor, du Lampy, de l’Alzeau sur le versant méditerranéen. Le climat est très humide avec beaucoup de brouillards hivernaux permettant ainsi le développement d’immenses et puissantes forêts de chênes, de hêtres, de conifères. Les plus célèbres sont les forêts de Ramondens, de l’Aguille, de la Loubatière, de la Montagne Noire.

Le cadre géographique du maquis est donc celui d’une forteresse boisée, dominante, mais un point faible : facile à encercler, si l’on dispose de troupes nombreuses, ce que font les Allemands le 25 juillet 1944.

 

La rEsistance dans la rEgion toulousaine


    En 1940, l’armée française est écrasée en moins d’un mois par les divisions blindées allemandes appuyées par une aviation largement supérieure. Hitler préparait la guerre depuis 1935 (rétablissement du service militaire obligatoire), avec un matériel neuf à cette date (avions et chars) et essayé dans la guerre d’Espagne (1936-1939), conflit dans lequel l’aviation nazie de la Légion Kondor jouèrent un rôle décisif dans la victoire de Franco.

Le maréchal Pétain prend le pouvoir et installe un gouvernement qui rapidement, pratique une politique de collaboration avec l’Allemagne, avec soutien économique, envoi de main d’oeuvre (STO). Un général français continue cependant de se battre du côté des Anglais : de Gaulle, avec une poignée de soldats. Il lance son célèbre appel du 18 juin, "la France a perdu une bataille mais pas la guerre". Il sera très peu suivi jusqu’en novembre 1942, date à laquelle les Américains et les Anglais débarquent au Maroc et en Algérie.

Une infime minorité de Français refuse de s’agenouiller devant les nazis et organise spontanément la Résistance, par la mise sur pied de réseaux de renseignements transmis à Londres par radio, de sabotages et, à partir de 1942, de maquis armés dans les zones montagneuses (Pyrénées, Massif Central, Alpes).


    En Lauragais(2), le terrain découvert se prête mal à l’implantation de maquis, sauf dans la Montagne Noire. Ainsi la Résistance lauragaise se limite au faible maquis de Nailloux dirigé par Manuel Palos, à Revel un groupe de résistants crée une antenne du mouvement Libération. Un maquis FTPF se forme en 1942 dans la région d’Arfons sous la direction de Jacques d’Andurin, d’autres maquis dans la Piège en 1944, vers Salles sur l’Hers. La troupe la plus nombreuse se constitue sous le nom de "Corps franc de la Montagne Noire" dont nous racontons l’histoire très partiellement

 

H.SEVENET R.MOMPEZAT RICHARDSON
HENRI SEVENET ROGER MOMPEZAT RICHARDSON

 

 

La formation du Maquis


  
 LE MAQUIS DE LA MONTAGNE NOIRE est avant tout l’oeuvre d’un homme à l’exceptionnelle personnalité, Roger Monpezat, avec une poignée de résistants, courageux et dynamiques, le capitaine de Kervenoael, Henri Sevenet, l’abbé de Villeneuve, l’Anglais Richardson (responsable des liaisons radio avec entrer dans la Résistance en août 1940. Il adhére à différents réseaux Alliance, Pat O’Lary, Buckmaster, Libération-Sud.

 

En 1944, il participe à la création du Conseil Départemental de la Résistance de la Haute Garonne ; il disparaît en 1958. C’est avant tout un organisateur qui a tout prévu avant même l’installation des maquisards. Il souhaitait 500 combattants, or en juillet ils seront près de 1000, c’est beaucoup trop. Pour le ravitaillement, le pain venait d’Arfons, de Revel, la viande de Mazamet ; l’habillement est réussi en "empruntant" les tenues de Chantiers de Jeunesse, à Toulouse, en plein jour, en déménageant avec un camion.

Des motos, divers véhicules, notamment des camions sont réquisitionnés, pour l’armement ; des caches à Saverdun, permettent un premier équipement, puis plusieurs parachutages sur les pelouses du Pic de Nore. Voici le récit d’une opération de ce type où les mitrailleuses tombaient du ciel, d’abord le message "les ermites ne sont plus solitaires", 2 fois.

 Sur le grand plateau du Pic de Nore couvert de bruyères roses, terrain idéal aussi bien pour les parachutages de matériel que de personnel, les hommes, disposés en cercle contre le vent attendent la venue des avions d’Alger. A minuit et demi, un avion passe dans le voisinage ; est ce un Français, un Allemand ? On ne le saura pas car l’avion disparaît dans la nuit, une demi heure plus tard ; une énorme respiration se fait entendre dans le ciel. Les feux sont à nouveau allumés et flambent sans discrétion, le vrombissement grandit et l’avion est visible à 300 m de hauteur.

 Richardson fait sans arrêts des "point-trait-deux points". L’avion passe et repasse, perdant chaque fois de sa hauteur ; à 200 m il fait lui aussi "un point-trait-deux points" et, au même instant, largue ses containers dans le vide. Le vent emporte les parachutes un peu partout au dessus des bois. L’inventaire est composé de beaucoup de mitraillettes, des explosifs, des grenades, quelques mitrailleuses lourdes, beaucoup de munitions, mais pas de mortier.
Les hommes sont disposés en plusieurs camps : Plo Del May, Fonbruno, Le Rietgé, Co de David, La Galaube (voir croquis).


La composition des maquisards est d’une extraordinaire diversité ; à côté d’une majorité de jeunes venus de l’Aude, du Tarn, de Revel, nous rencontrons des Alsaciens-Lorrains déserteurs de l’armée allemande, des Nords Africains venus des mines de Salsigne (150), des Espagnols républicains, quelques Italiens, des Belges, des Polonais, un Croate, un Américain (Pagels, pilote d’un avion US abattu), un Anglais, des Israélites formant une troupe autonome.

 

camp du Rietgé

  camp de la Galaube  

Camp du Rietgé
Camp de la Galaube

stèle Plo del May

Stèle de la Galaube

Stèle du camp du maquis- Plo del May
credit photo J Batigne

Stèle du camp de la Galaube

 

Bombardement et combat du 20 juillet


    Devant le danger que présente ce maquis aux nombreux combattants, l’armée allemande réagit avec vigueur. Voici le récit, par Montpezat, de l’attaque allemande. "20 juillet, 6h45, il fait à peine jour, les hommes se frottent les yeux avant de se lever.

Un bruit grandit dans le ciel, devient énorme. Huit avions, six Junkers 88 et deux mouchards survolent la Galaube, dans les vallées étroites de la Montagne Noire, le ronflement des moteurs prend des proportions formidables. Les avions sont à peine à 200 mètres, le camp de la Galaube paraît particulièrement visé, la première bombe est lâchée, le téléphone est coupé, le commandant Henri Sévenet est tué (décapité par un éclat).

 Les bombes tombent dru, six avions de bombardement s’acharnent sur le camp mesurant à peine quelques centaines de mètres de côté, les projectiles sont de grosses torpilles à ailettes de plus de 300 kilos qui, s’ouvrant après avoir été lâchées, laissent échapper de nombreuses petites bombes de quelques dizaines de kilos seulement. Après avoir lâché leurs bombes, les avions se livrent à une véritable fantasia au dessus du camp et mitraillent les baraques à bout portant, le bruit est effroyable, la terre tremble, fume et brûle...

Les mitrailleuses sont installées en position de DCA, l’un au Riedgé l’autre à Plo Del May, volant très bas, les bombardiers reçoivent du plomb, l’un d’eux accuse nettement le coup, pétarade et s’éloigne à vitesse réduite, un second stoppe brusquement ses moteurs et part en se délestant d’une épaisse fumée noire. A 8 heures les avions reviennent; ils ne sont plus que 4, les bombes sont pour le Riedgé, les mitraillages pour Plo Del May ; un troisième bombardier est touché.

En même temps, à la Galaube le canon gronde et les feux de mousqueterie éclatent, l’attaque de l’infanterie a commencé. Un troisième bombardement a lieu vers 9h30 sur Plo Del May. Les camps sont détruits, 4 hommes ont été tués".

 

 

MAQUIS7

 

 

La Dispersion


    L’infanterie et les blindés allemands ont encerclé les camps et avancent inexorablement malgré l’héroïque défense des maquisards. Les Allemands ont certainement mis en ligne des forces considérables, des blindés, 12 à 1500 fantassins lourdement armés (mitrailleuses), le groupe principal semble venir du Sud par Saissac, St Denis, Lacombe.

D’autres colonnes montent de Revel et de Mazamet, les garnisons de Carcassonne et de Castres comptent chacune 4000 combattants...

Avec ces moyens, les nazis occupent la Galaube, les chars sont à Plo Del May ; devant cette situation dramatique, vers 16 heures, Monpezat ordonne le décrochage général en direction du Pic de Nore, en utilisant les camions, en passant même par Mazamet cependant toujours occupée. L’opération réussit parfaitement.

Les combats du 20 juillet ont démontré la combativité du maquis. Les pertes françaises sont très faibles : 4 morts, les Allemands ont perdu 3 avions, 2 automitrailleuses, de nombreux hommes (une centaine). Si les Allemands sont maîtres du terrain, le Maquis n’a pas été détruit.


    Les Allemands préparent une deuxième opération par l’installation d’un état-major à Saint Ferréol et la disposition de 4 divisions, dit-on, car on ne possède aucune précision chiffrée d’origine germanique. Devant cette menace mortelle l’ordre de dispersion est donné le 24 juillet : les groupes de maquisards gagnent d’autres maquis dans les départements du Tarn, de la Haute Garonne et dans les monts de Lacaune, d’autres au maquis de Picaussel, dans l’Aude ; les moyens de liaisons entre ces groupes divers sont mauvais ou inexistants ; le Maquis de la Montagne Noire a perdu son unité et son efficacité.
    C’est le 17 août que Monpezat essaie de regrouper ses hommes, avec beaucoup de difficultés. Cette date marque le début de la Libération et le départ désordonné des Allemands vers la vallée du Rhône. De nombreux accrochages se développent, au cours de l’un d’eux, des prisonniers du maquis sont fusillés (26) par l’ennemi aux abois. Des combats acharnés ont lieu dans la région de Saint Pons.


    En septembre 44, les hommes du Corps Franc, avec d’autres groupes, forment le premier bataillon de l’Aude ; d’autres s’engagent dans la colonne Schneider qui sera incorporée dans la 1ère armée française de Lattre de Tassigny; ils prendront part aux combats libérateurs de l’Alsace (poche de Colmar) et de l’Allemagne du Sud en mai 1945.


    Le Corps Franc de la Montagne Noire a écrit une courte, mais brillante page de la Résistance française. Les historiens soulignent le fait d’avoir rassemblé un nombre trop élevé de combattants, ensuite d’occuper des camps fixes et immobiles, donc de s’exposer à un encerclement par des forces ennemies toujours supérieures ; ainsi le Corps Franc connut le sort tragique des gros maquis du Vercors, des Glières, du Mont Mouchet, tous écrasés et suivis de représailles sanglantes sur les populations civiles, tous des échecs.
    Malgré cela l’enthousiasme des jeunes Français de juin 44, des maghrébins de Salsigne, ceux de la Galaube ou du Plo Del Rey ont écrit, avec leur fusil, une page poignante de l’histoire de France.


18 août 2004, sur la route d’Arfons à la Galaube, dans la forêt, une biche et son faon traversent la voie...

 

stele Arfons

Stèle du camp du maquis - Arfons
Crédit photo : Jacques Batigne

DEFILE CFMN

Le corps Franc de la Montagne Noire

 

(1) Pour se rendre à Fonbruno : depuis Revel, prendre la route des Cammazes, Saissac, Saint Denis, Lacombe, la Galaube, Fonbruno.
        (2) Michel Goubet et Paul Debauges : "Histoire de la Résistance en Haute-Garonne" - Milan 1986

 

Bibliographie :


R. Mompezat : "Le Journal de marche du Maquis"
M. Goubet et P. Debauges : "Histoire de la Résistance en Haute Garonne"
Jean Odol : "Le Maquis de Saint Lys" dans revue R 4 n° 7 1979 
Référence bibliographique : Jean Odol, article paru dans Couleur Lauragais

 

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Louis Fourcade
Un grand résistant du Revélois dans l’oubli

1945 – 2005.

 

par Jacques Batigne

 

Il y a soixante ans prenait fin la deuxième guerre mondiale ! L’occasion de rappeler à nos jeunes et moins jeunes lecteurs du Lauragais et de la Montagne Noire, le souvenir de ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie, pour que paix et liberté soient enfin retrouvées. Bien que non originaire de Revel, un résistant exemplaire a disparu dans cette ville, au début du mois d’août 1944 ; il s’agit du lieutenant Louis Fourcade dit "Bastia".


Portrait d’un jeune rEsistant


Ce très jeune combattant avait vu le jour le 1er février 1923 à Carcassonne, dans une famille de Laure-Minervois.

Brillant élève, il fut intégré dans la prestigieuse école militaire de Saint-Cyr (près de Versailles). Quelques temps après la déclaration de la guerre 1939/40 et la défaite française, il devient assistant dans les chantiers de la jeunesse (*). Dans le milieu de l’année 1943, il fut l’un des premiers fondateurs du maquis de Trassanel, petit village de l’Aude, tout près de Villeneuve-Minervois et de Sallèles Cabardès.

 

Il existait en ces lieux des grottes qui furent aménagées pour y recevoir ces jeunes gens (une vingtaine d’années), pour la plupart des réfractaires à ces camps de jeunesse et au S.T.O (Service du Travail Obligatoire) en Allemagne. Lucien Maury, dans son livre "La résistance Audoise" nous dit : "… je m’occupais particulièrement de la vie de ce nouveau maquis, aidé par Edmond Agnel, le lieutenant Burnet, Wilson Tessoneau et Louis Fourcade, qui malgré son jeune âge, faisait preuve d’une très forte personnalité qui se confirmera par la suite …

En attendant les parachutages, il fallait faire patienter tous ces jeunes gens… au bout de trois mois, il fallut envisager le déplacement du maquis. La grotte de Trassanel était d’un accès difficile par un petit sentier côté village et un ruisseau côté Villeneuve. Après concertation, il fut décidé d’aménager la ferme abandonnée de Montreon, au-dessus du hameau de Series, à l’ouest du roc de l’Aigle, camouflée dans les bois …

L.FOURCADE  

 

A ce moment-là, Louis Fourcade qui avait pris contact avec le maquis du Corps Franc de la Montagne Noire (C.F.M.N, créé en avril 1944), beaucoup plus important et mieux organisé, décida de le rejoindre avec deux ou trois autres jeunes. Je le regrettai vivement. La lettre qu’il m’écrivit le 16 février 1944 lors de son départ, je l’ai conservée comme une relique…!"

 

BAPTEME DU FEU


Au mois de juin 44, le 7 précisément, après le débarquement des Forces Alliées en Normandie, les évènements se précipitent, tant du côté amis que du côté ennemis.

Le lieutenant Fourcade et le sous-lieutenant Marc sont désignés comme officiers de liaison et placés respectivement auprès des commandants Mompezat et Sévènet, fondateurs du C.F.M.N.

Ce maquis compte déjà entre 500 et 600 hommes et ce rassemblement s’opère dans la région du Pic de Nore. Une des premières opérations se déroule le 9 juin à l’aube, après une nuit passée sans sommeil, deux escadrons à effectifs réduits sont placés en embuscade sur les routes de Saissac, St Denis, Montolieu / St Denis et Carcassonne / Mazamet.

 Le capitaine Kervenoael prend le commandement des deux premiers groupes, le commandant Mompezat, accompagné du médecin-capitaine Manquéné, des lieutenants Fourcade et M… le troisième groupe et choisissent comme emplacement d’embuscade le lieu-dit des Escoussols.

 Le lieutenant Fourcade met en place ses hommes. Il ne reste plus qu’à attendre le passage de l’ennemi !… c’est la première fois que ces jeunes soldats vont tirer sur des hommes, c’est la première fois qu’ils vont entendre le sifflement des balles à leurs oreilles ?

Ils ne marquent aucune émotion, ils sont gais et plaisantent joyeusement… vers 9 h, venant de Mazamet, débouche du virage nord une camionnette couleur café au lait, qui s’engage à fond de train sur la longue descente. Conformément aux ordres reçus, les premiers hommes ne tirent pas.

 

La première salve, qui est en même temps le signal de "ouvrez le feu", part du deuxième groupe embusqué au milieu de la descente. Le fusil mitrailleur qui est en bas dans le virage sud attaque alors la camionnette de face. Sous un feu nourri, elle poursuit sa route zigzagant et réussit à prendre le virage qui la met hors de vue… On croit l’affaire manquée et les jeunes combattants du Corps Franc sont désappointés… Le lieutenant M…, avec quelques hommes, va faire une inspection sur la route. Deux kilomètres plus loin, ils retrouvent la camionnette renversée dans le fossé, criblée de balles, six allemands tués à son bord. C’était leur "baptême du feu" réussi. Dans les jours qui suivent, le CFMN va entreprendre de nombreuses embuscades contre l’ennemi qui commence à les attaquer, celles-ci avec succès aussi !. Mais cela ne va pas durer…

 

PREMIERE MANIFESTATION DE FORCE DEPLOYEE A REVEL


Le commandement allemand a interdit la circulation à tous les véhicules de la Wehrmacht sur l’axe Carcassonne-Mazamet.

 

 Les allemands ont installé dans toutes les communes qui entourent le massif des petites garnisons qui vivent sur le pays et qui sont assez mobiles. En cette fin juin 1944, cet important maquis (C.F.M.N.) est à présent très structuré, ces effectifs sont très importants environ 900 hommes, répartis sur les cinq camps : le Plo del May où se tient le PC (Poste de Commandement), la Galaube, le Riedgé, le Go de David et le Triby. Ils reçoivent des matériels : armes et munitions, par parachutages dans des containers métalliques, ainsi que des financements et les instructions par radio, avec des messages codés de l’Etat Major inter-allié à Londres.

 

DEFILE CFMN

Revel - 14 Juillet 1944 -
400 hommes du CFMN font leur entrée dans la ville

Tout cela méritait bien une action de propagande de grande envergure, vis à vis de la population locale occupée et surtout de l’ennemi .!.. C’est ainsi que ce vendredi 14 juillet 1944, notre petite cité de Revel a eu le privilège d’assister à un défilé mémorable de plus de 400 hommes, dont le lieutenant Louis Fourcade à la tête de son 5ème escadron, en uniforme bleu foncé et en armes, sur notre "tour de ville" !

Toutes les précautions avaient été prises par les commandants Henri Sévenet, dit "Mathieu", et Roger Mompezat, pour éviter un combat dans la ville.

 

Le secret de cette opération de prestige avait été bien gardé et les allemands ont dû être très surpris de ce déploiement de forces militaires. Mais bien évidemment, ils n’ont pas tardé à réagir ! Dans les jours qui suivirent, vers le 16 juillet , leur Etat Major envoyait chez nous, venant de la région de Bordeaux, où elle venait de se restructurer, une force militaire de très grande importance. Celle-ci était déployée dans le triangle Toulouse, Albi, Carcassonne avec son Etat Major à Revel-saint Ferréol ; il s’agissait de la 11ème Panzer Division de la Wehrmacht .

 

Durs combats


    Cette division blindée, forte de 10 à 12 000 hommes, puissamment armée, avait pour mission d’anéantir le C.F.M.N. Ils vont y parvenir, en partie, en utilisant d’importants moyens terrestres et aériens, dans les terribles combats et bombardements du 20 juillet.

On déplore de nombreuses pertes dans les rangs des combattants du maquis, dont le commandant Henri Sévenet (30 ans) tué aux premières heures de bombardements des camps. Les forces allemandes, en effectifs et matériels importants : chars, blindés, envahissent très rapidement, pratiquement tout le massif boisé. Comme le C.F.M.N. avait reçu une mission précise de guérilla contre l’ennemi, mais non l’ordre de leur tenir tête, le commandant Mompezat ordonne le décrochage général.

Les camions emportent tous les matériels, armes et munitions en état et quelques centaines d’hommes, parmi les blessés et les plus fatigués. Les autres escadrons rejoindront à pied le lieu de rassemblement prévu au Pic de Nore. Le Corps Franc vient de soutenir la plus rude bataille de son existence. Si l’on tient compte des moyens très importants mis en œuvre par l’ennemi : avions mouchards (observation) et de bombardement, artillerie, chars, chenillettes, auto-mitrailleuses et plus de 1 500 fantassins…

les pertes du maquis sont de moindre importance. Le Pic de Nore, n’étant pas un refuge sûr pour une troupe de 900 hommes environ, doit être abandonné, avant que les allemands ne l’attaquent en force, en encerclant la montagne.

Le Corps Franc se dispersera vers d’autres lieux et autres maquis dans les départements voisins. Le groupe du lieutenant Fourcade, avec quelques hommes retourne vers le maquis de l’Aude du côté du Cabardes d’où il est venu.

 

Arrestation de Louis Fourcade et d’autres résistants


    Lucien Allaux dans son ouvrage : "La 2ème guerre mondiale dans l’Aude" écrit ceci : "…le lieutenant Louis Fourcade s’était rendu le 3 août à la ferme de Pailliés, près de Pradelles-Cabardes, en compagnie du maréchal des logis Nordman et du médecin capitaine Manquéné pour assister à une réunion des commandants d’escadron et des officiers de l’Etat Major du C.F.M.N., qui doit avoir lieu le lendemain.

 

Ils seront de retour le samedi matin 5 août au plus tard. Ce jour-là, à la nuit tombée, ils ne sont pas revenus…".

Une dénonciation a certainement mis fin à leurs actions de combattant. "… le 4 août à 6 h du matin, les allemands envahissent la ferme, se saisissent des trois hommes. Ils les poussent dans la cour avec les métayers surpris dans leur sommeil, ils n’avaient pas eu le temps de s’habiller.

Placés face au mur, ils sont mis en joue, mais ce n’est qu’une manœuvre d’intimidation. Suit un interrogatoire pour savoir où sont le maquis de la Montagne Noire et ses chefs. Comme ils ne parlent pas, ils sont ligotés et gardés ainsi pendant les journées des 4 et 5 août. Enfin, le 6, la ferme est entièrement pillée, le bétail abattu, les champs saccagés…".

Le médecin Manquéné qui est en tenue civile et possède de faux papiers d’identité nie tout et prétend ne rien savoir du maquis. Le lieutenant Fourcade et le maréchal des logis Nordman qui sont en uniforme et en armes, ne font que des réponses évasives ou fausses restant toujours ligotés. Puis les trois hommes sont embarqués dans une camionnette par les allemands qui passent par Mas Cabardès, Saissac, St Ferréol et arrivent enfin à Revel, où ils sont conduits dans une maison transformée en prison. Les jours suivants, autres interrogatoires dont certains très "musclés".

Leurs gardiens sont de nationalités et d’humeurs différentes ; à qui hypocritement s’apitoie sur leurs sorts, Fourcade répond sèchement : "…vous faites votre devoir comme nous faisons le nôtre…". Le 10 août, à 13 heures, le lieutenant Fourcade est amené dans une autre pièce, cependant que ses compagnons d’armes vers une camionnette qui contient quelques civils. Avant de monter sur le véhicule, les prisonniers sont alignés dans la cour de l’immeuble ; le lieutenant Fourcade qui a prétexté un besoin à satisfaire, passe devant eux avec un gardien. En repassant, il leur dit à voix basse : "…si vous devez mourir, tâchez de le faire en français !".

 

La résistance locale : LES RESISTANTS REVELOIS

27 et 28 Mai 2014 - Journées Nationales du 70ème anniversaire de la résistance

 

les Corps Francs de la Montagne Noire une adresse à découvrir

www.lemilitarial.com/CFMN/cfmn.htm

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